Rapport

Économie, emploi - Géopolitique - Institutions

RAMSES 2020. Un monde sans boussole ?

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RAMSES 2020. Un monde sans boussole ?
DAVID Dominique and MONTBRIAL Thierry (de) , « RAMSES 2020. Un monde sans boussole ? », Dunod / IFRI, 2019.

Voici près de 40 ans que l’IFRI publie un rapport annuel mondial sur le système économique et les stratégies, que les lecteurs connaissent désormais mieux sous son acronyme : RAMSES. L’édition 2020, parue en septembre 2019 alors que les tensions internationales se multiplient aux quatre coins du monde (contentieux commercial Chine / États-Unis, Brexit insoluble, retour de l’Iran dans le jeu nucléaire…), arrive à point nommé pour éclairer le lecteur sur un certain nombre d’enjeux mondiaux.

Passé la première partie « Perspectives », dans laquelle Thierry de Montbrial pointe les grandes orientations du système international (domination Chine / États-Unis, multipolarité, Union européenne encore à la traîne), l’IFRI se focalise sur trois enjeux majeurs à l’orée de la décennie 2020. Il s’agit des « mers dangereuses », de « l’Amérique latine en fusion » et de la question de l’avenir du multilatéralisme.

Comme le rappelle Dominique David en ouverture de cette partie, la mer, les océans restent un théâtre majeur d’affirmation de la puissance dans bien des domaines. La mer restera un « théâtre privilégié pour les compétitions d’un nouveau monde [car] là peut s’exprimer la puissance, appuyée sur les progrès technologiques […] avec un risque plus limité qu’à terre […] pour l’initiateur de l’emploi de la force ». C’est aussi dans les espaces maritimes que « peuvent se mettre en scène la recomposition anarchique du monde, la fluidité des oppositions, l’émiettement des acteurs, la vulnérabilité des sociétés modernes dans leurs composantes commerciales ou informationnelles. Là se traduit notre impuissance à gérer, pour l’heure, nos biens communs. »

En témoignent les divers chapitres de cette partie, parmi lesquels « Une prospective du transport maritime » (Antoine Frémont), « L’océan, un espace numérique convoité ? » (Camille Morel), celui consacré à l’écologie des espaces maritimes (Françoise Gaill) et un point sur la piraterie (Sébastien Benotti). En témoignent plus encore les contributions plus géostratégiques : « La mer, un espace militaire contesté » (Morgan Paglia) et divers focus régionaux consacrés tour à tour à  l’Asie orientale, à la poussée navale chinoise, au Moyen-Orient et à la stratégie maritime russe.

Le deuxième enjeu pour 2020 pointé par le RAMSES concerne le continent latino-américain qui, selon Dominique David, fait figure de laboratoire pour le continent européen. Il constituerait même le « miroir de nos propres errances et de notre difficulté à penser les dérives du monde ». Outre les difficultés de la relation avec les États-Unis, c’est une « périphérie réactivée dans une géographie mondiale en […] recomposition ; [un] creuset d’idéologies de retour sur les ravages d’une mondialisation mal gouvernée […] doublées d’une dimension religieuse qui modifie en profondeur les pratiques sociales et les références politiques ; [un] espace de vastes mouvements migratoires […] ; proposant […] de multiples modèles : populisme à la Bolsonaro, populisme post-Chávez, bonne volonté démocratique […] et démocraties vulnérables ».

Huit chapitres nourrissent cette thèse du « miroir insolent ». Cinq sont transversaux au continent : la relation aux États-Unis, décryptée par Laurence Nardon ; la démocratie malmenée (Olivier Dabène) ; les néopopulismes latino-américains (Renée Fregosi) ; la déferlante évangélique (Lamia Oualalou) ; et les trafics de drogues et violences en hausse (Sabine Guez et Marie-Esther Lacuisse). Les trois derniers chapitres sont des focus pays : le Brésil de Jair Bolsonaro (Silvio Cascione et Bruno Reis) ; la « quatrième transformation » du Mexique (Ilan Bizberg), et le Venezuela « objet de politique internationale » (Thomas Posado).

Troisième enjeu : la crise du multilatéralisme, qui selon Dominique David est « aujourd’hui la compétition entre acteurs qui estiment que le système actuel ne garantit plus leur prééminence (États-Unis), ou qui veulent peser plus en [le] redéfinissant selon leurs normes (Chine, Russie), ou encore jugeant que le retour à la logique de puissance est dangereux pour leurs forces limitées (Europe) […] ; c’est l’émiettement des stratégies et des cadres de dialogue, un émiettement inévitable [et] dangereux ». Face à ces évolutions, « la nostalgie des ordres du passé est impuissante » ; il s’agit de savoir quels types de dialogues privilégier et autour de quels enjeux : défense des biens communs, maîtrise des armements, relations commerciales, gestion de crise… ? Neuf contributions balaient le spectre des possibles en la matière.

Outre ces trois enjeux majeurs pour 2020, une troisième partie intitulée « Le monde en questions » revient sur une dizaine d’enjeux régionaux ou thématiques. Les États-Unis font ainsi l’objet d’une analyse de leur situation intérieure et de leurs relations diplomatiques vis-à-vis de l’Europe et du Moyen-Orient. Côté Union européenne, ce sont le Brexit, les relations franco-allemandes, la position de l’Allemagne et la situation de l’Europe centrale qui focalisent l’attention ; ainsi que les migrations dans une partie centrée sur ce thème, et les 20 ans de l’euro dans une partie plus économique.

Outre la Russie et l’Ukraine, on trouvera, s’agissant de la région Afrique du Nord / Moyen-Orient, des focus sur la Syrie, le Qatar et l’Algérie. En Afrique, c’est le terrorisme au Sahel qui est passé au crible, et les analyses pays portent sur l’Afrique du Sud et l’Éthiopie. L’Asie est la partie la plus nourrie (Chine, Corée[s]), Inde / Pakistan, Japon, région Sud-Est).

Deux autres thématiques sont examinées : « Climat, biodiversité et instabilité » ; et numérique au travers de l’affaire Huawei et des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon).

Enfin, comme de coutume, les 50 dernières pages présentent la chronologie de l’année écoulée, diverses cartes illustrant un certain nombre d’enjeux présentés dans les analyses du rapport, et le monde en chiffres (tableau récapitulant, pour chaque pays, les principales données démographiques, économiques et sociopolitiques).

Le monde n’a peut-être pas encore définitivement perdu sa boussole, mais il va falloir redoubler d’efforts de concertation pour trouver un cap qui convienne à la majorité de ses acteurs et parties prenantes, et qui préserve le bien commun (qui reste là encore à définir…). Ce RAMSES 2020 ne propose pas la solution mais permet sans aucun doute d’y voir plus clair.

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