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Ressources naturelles, énergie, environnement - Société, modes de vie

Petit Manuel de résistance contemporaine

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Petit Manuel de résistance contemporaine
DION Cyril , « Petit Manuel de résistance contemporaine », Actes Sud, 2018.

Cyril Dion est écrivain, réalisateur et militant écologiste. Il s’est fait connaître d’abord en tant que cofondateur, avec Pierre Rabhi, du mouvement des Colibris, puis en tant que coréalisateur, avec Mélanie Laurent, du film Demain, sorti en 2015, qui recense des initiatives dans 10 pays en réponse aux enjeux environnementaux.

Il signe ici un petit manuel pour « engager la résistance » contre « l’idéologie matérialiste, néolibérale ». La première partie du manuel est consacrée à l’état des lieux des dégradations environnementales générées par l’homme qui compromettent aujourd’hui son existence. Il rappelle ainsi, chiffres effrayants à l’appui, les menaces que constitue l’accélération du changement climatique, des pertes de biodiversité et des pollutions diverses.

En dépit de l’ampleur et de l’urgence de ces menaces, les actions menées jusqu’à présent se sont révélées totalement insuffisantes, à l’échelle aussi bien individuelle que collective. Au point que la crainte d’un effondrement irrémédiable des sociétés contemporaines est partagée par un nombre croissant d’individus et d’analystes, comme les écologistes Yves Cochet et Pablo Servigne.

Selon Cyril Dion, ce décalage entre l’ampleur des enjeux et les comportements des individus s’explique par la puissance du « récit collectif » qui domine aujourd’hui les sociétés occidentales. Reprenant les travaux de Yuval Noah Harari, il rappelle en effet l’importance des récits qui ont jalonné l’histoire de l’humanité, et influencé les valeurs et les comportements des sociétés. Or, le récit prépondérant aujourd’hui reste celui qui considère la croissance et la consommation comme les clefs du bonheur, et le progrès technologique comme une réponse à l’ensemble des problèmes de l’humanité. Ce récit constitue un cadre particulièrement structurant pour les individus, notamment en positionnant le travail et la consommation (et l’endettement) comme projets de vie et garanties d’épanouissement personnel. Il explique aussi la paralysie des pouvoirs publics, qui ne peuvent qu’encourager et accompagner la poursuite d’un modèle pourtant intenable à l’avenir.

L’enjeu désormais, selon Cyril Dion, est de construire un nouveau récit, un nouvel idéal pour les sociétés, suffisamment puissant pour convaincre les individus, les organisations publiques et privées, de se tourner vers de nouveaux imaginaires plus compatibles avec les limites planétaires. Ce récit nouveau est en effet un préalable, selon lui, pour réinventer les valeurs, les règles et les comportements de nos sociétés en s’affranchissant des normes véhiculées par le modèle aujourd’hui dominant. Il permettrait d’articuler véritablement les actions individuelles avec les stratégies globales des sociétés, des acteurs publics et des entreprises.

Pour cela, il estime nécessaire de faire évoluer les architectures du choix, c’est-à-dire l’ensemble des cadres, des normes, des valeurs, des contraintes qui orientent les décisions des individus. Il en identifie trois, qui s’entretiennent mutuellement : les lois, la nécessité de gagner de l’argent et les algorithmes informatiques portés par les écrans. Selon lui, elles contribuent toutes les trois à entretenir la fiction de la croissance économique continue, au détriment de la planète et du libre arbitre individuel. Il liste différents moyens pour les faire évoluer : instauration d’un revenu universel, régulation des géants du numérique par les acteurs publics, développement des monnaies alternatives…

Dans les derniers chapitres, Cyril Dion dresse les grandes lignes de ce récit alternatif. Il reposerait sur trois grands objectifs fondamentaux : réduire au maximum la destruction des écosystèmes et le changement climatique ; accroître la résilience des territoires (c’est-à-dire leur capacité à encaisser des chocs) ; régénérer la planète en inventant de nouveaux modes de production et de vie.

Il ne s’agit là que de propositions, car il souligne que ce récit devra être construit et validé collectivement. Il pourra notamment s’inspirer des principes déjà appliqués dans certaines communautés (écoles, éco-quartiers, éco-villages, fablabs…), afin de constituer un « irrésistible mouvement ». Car, conclut l’auteur, redonner du sens aux actions individuelles constitue la condition nécessaire pour amener les individus à mettre en cohérence leurs convictions et leurs comportements.

Ce petit manuel inspirant constitue donc une lecture bienvenue en ces temps de pessimisme sur l’avenir.

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