Rapport

Économie, emploi - Institutions - Ressources naturelles, énergie, environnement

Mitigating Climate Change: Growth- and Distribution-friendly Strategies

Par

Mitigating Climate Change: Growth- and Distribution-friendly Strategies
COLLECTIF , « Mitigating Climate Change: Growth- and Distribution-friendly Strategies », FMI (Fonds monétaire international), 2020, p. 85-113.

Cette analyse porte sur le chapitre 3 du rapport World Economic Outlook: A Long and Difficult Ascent, publié par le FMI en octobre 2020.

Les données de l’équation sont bien connues. Pour éviter des changements climatiques désastreux pour l’environnement et par contrecoup pour l’économie, les infrastructures et la santé humaine, la hausse des températures sur notre planète doit impérativement être limitée à 2 °C (et si possible 1,5 °C) d’ici la fin du siècle. Sans changements drastiques, la prévision actuelle de réchauffement est comprise entre 2 °C et 5 °C selon les hypothèses les plus vraisemblables. Les auteurs d’une étude publiée par le Fonds monétaire international (FMI) font l’hypothèse qu’un fort investissement dans les technologies vertes dans les années à venir, combiné à une augmentation constante des taxes carbone, pourrait permettre d’atteindre l’objectif d’une limitation à 2 °C. Ces investissements (publics et privés) auraient certes des effets déplétifs dans un premier temps, liés à la réallocation financière, mais ils resteraient dans la limite du raisonnable en termes de profit, de niveau de vie et d’acceptabilité sociale. Ils présenteraient l’avantage de reconfigurer l’économie mondiale sur une base plus solide et plus durable à moyen terme.

Le bilan de l’évolution de la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique mondial au cours des deux dernières décennies est mitigé. Certes, les investissements dans les énergies non carbonées pour la génération de l’électricité ont fortement augmenté sur la période, mais l’éolien et le solaire ne représentent encore que 6,5 % de la production mondiale, avec des régions beaucoup plus avancées, comme l’Europe occidentale (avec de fortes disparités au sein de la zone). Ensemble, pétrole, gaz et charbon représentent 84,3 % de la consommation mondiale en 2020, soit une baisse de 0,5 % en un an… L’exploitation des pétrole et gaz de schiste et la découverte de nouveaux gisements gaziers ont contribué à une baisse des prix à partir des années 2010, peu favorable à une politique massive de substitution. Cependant, les politiques d’achat à prix bonifié de l’électricité provenant de sources renouvelables et de taxes carbone ont eu un effet favorable quand elles ont été portées par une volonté politique (assez mal partagée). Les effets sur l’emploi sont encore difficiles à estimer.

Pour leurs projections d’ici 2050, les auteurs ont utilisé le modèle G-Cubed. Ce dernier a été conçu pour contribuer au débat sur la politique environnementale et le commerce international en mettant l’accent sur la lutte contre le réchauffement climatique. Sur cette base, il peut fournir des éléments pour aider à la conception de réglementations environnementales et de politiques micro- et macroéconomiques. Il s’agit d’un modèle mondial qui permet des déclinaisons au niveau régional et / ou par secteurs d’activité. Ces modélisations sont évidemment fort complexes.

Un exemple proposé par le FMI permet d’illustrer le principe des politiques possibles de décarbonation de l’économie. Il s’agit dans un premier temps de développer une politique volontariste d’investissements verts, tels que la création de transports collectifs « propres » qui permettront de diminuer le recours à l’automobile consommatrice de pétrole, d’adapter les réseaux de distribution de l’électricité aux contraintes de temporalité des énergies renouvelables, d’adapter les réseaux de distribution de l’électricité aux contraintes de temporalité des énergies renouvelables, d’améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments. Le surplus d’activité obtenu ainsi permet de compenser la perte d’activité potentielle liée à une hausse des prix des énergies fossiles, causée elle-même par une taxation accrue du carbone émis. Dans le même temps, des avantages financiers sont accordés à la production des énergies renouvelables afin de favoriser la substitution. Un fort investissement dans la recherche doit aussi permettre de baisser leur coût de production (cf. la forte baisse du prix de production de l’énergie solaire depuis le début des années 2000).

Les scénarios intègrent aussi la possibilité de « co-bienfaits », liés à la création d’emplois, générant des richesses qui, associées à la diminution de la pollution environnementale, permettent d’améliorer la santé de la population.

Ces politiques ne peuvent pas être appliquées uniformément dans tous les pays du monde, dont la dépendance aux énergies carbonées a déjà commencé à diverger, y compris au sein des pays développés. Pour autant, les simulations régionales permises par le modèle montrent qu’avec des adaptations, tous les pays peuvent être gagnants : par exemple, pour des pays dont la dépendance au charbon est forte, il apparaît que le haut niveau d’investissement initial nécessaire se traduira par des bénéfices immédiats très élevés, par exemple en termes d’économie, d’inclusion sociale ou de santé publique.

La lecture de ce texte du FMI infuse une dose d’optimisme : la situation est grave, mais peut encore être sauvée avec une forte volonté politique des États et des choix radicaux de réorientation des orientations énergétiques.

Pour un lecteur habitué aux prises de positions du FMI, le sentiment est plus mitigé. Dans le domaine des inégalités (salariales, sociales, de santé), les études produites par le Fonds depuis près d’une décennie vont régulièrement dans le même sens : la croissance de ces inégalités a atteint un niveau péjoratif pour le développement économique. Pour autant, l’action concrète auprès des États se traduit presque inévitablement par des politiques aboutissant finalement à une augmentation des mêmes inégalités : une schizophrénie cynique entre la doxa et la praxis dont semblent bien s’accommoder le Conseil des gouverneurs et le Conseil d’administration.

Site web
https://www.imf.org/-/media/Files/Publications/WEO/2020/October/English/ch3.ashx

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