Rapport

Économie, emploi - Société, modes de vie

Lifetime Incomes in the United States over Six Decades

Par

Lifetime Incomes in the United States over Six Decades
GUVENEN Fatih , « Lifetime Incomes in the United States over Six Decades », NBER (National Bureau of Economic Research), 2017.

Aux États-Unis, après une forte secousse au moment de la crise financière de 2008-2009, le nombre de chômeurs a fortement baissé ces dernières années et les salaires sont repartis à la hausse. Cela intervient certes dans un contexte de forte augmentation des inégalités dans la distribution des revenus globaux (salaires compris), mais toutes les enquêtes montrent que, majoritairement, les salariés américains ne ressentent pas cette augmentation et expriment, dans le meilleur des cas, le sentiment d’une stagnation.

Sur la base des revenus déclarés entre 1957 et 2013 à l’administration de la Sécurité sociale aux États-Unis, des chercheurs ont estimé les évolutions des gains totaux tout au long d’une carrière professionnelle en fonction des différentes classes d’âge en activité durant la période : la période d’emploi considérée est celle comprise entre 25 et 55 ans. Ces sommes sont bien sûr exprimées en dollars US constants (de 1983), dont la valeur est corrigée de l’inflation.

Les résultats montrent que, pour les hommes, il faut considérer deux périodes principales. Pour les travailleurs inclus dans la cohorte (à 25 ans) entre 1957 et la fin des années 1960, la tendance est claire : plus l’inclusion est tardive, plus les gains totaux jusqu’à 55 ans auront été élevés à la sortie de la cohorte 30 ans plus tard. En revanche, la tendance se renverse au début des années 1970. Mais contrairement à la première période, l’intervalle 1970-2013 est marqué par une succession de progrès et de dégradations des niveaux de salaire, avec au bilan un tassement significatif.

Cela apparaît au niveau des salaires annuels médians : 54 030 dollars US en 1973 contre seulement 51 640 dollars US en 2016. La différence est encore plus nette si on considère les salaires annuels médians des « débutants » (25 ans) : l’écart le plus grand est atteint entre 1967 (33 300 dollars US) et 1983 (29 000 dollars US). En termes de total des gains annuels, les chiffres sont encore plus impressionnants : un jeune homme entrant sur le marché du travail en 1967 (et qui bénéficiera de la période de 30 ans la plus favorable) aura gagné en fin de carrière 283 650 dollars US de plus que son équivalent de 1983 (la dernière année d’entrée dans la vie active prise en compte dans cette étude), chiffre ramené à 243 350 dollars US quand sont pris en compte les avantages financiers venant en sus du salaire (assurance maladie et autres avantages sociaux).

De fait, le déficit salarial enregistré en tout début de carrière non seulement ne se rattrape pour aucune classe d’âge, mais a tendance à augmenter tout au long de la carrière. Des chiffres récents cités par les auteurs de l’étude, qui n’ont pas été inclus dans l’étude statistique puisque la dernière date d’inclusion est 1983, indiquent que la tendance s’est poursuivie depuis.

Les résultats sont différents pour les femmes. Au début de la période considérée par l’étude, peu d’entre elles occupaient un emploi à plein temps et les discriminations salariales étaient fortes. Il y a donc logiquement une progression du total, sur 30 ans, des salaires annuels qui se poursuit plus tardivement que pour les hommes. Cependant, le même phénomène de diminution apparaît au cours des dernières années.

Au total, entre les années 1967 et 1983, le revenu médian sur 30 ans des hommes a baissé de 10 % à 19 %, alors qu’il a augmenté de 22 % à 33 % pour les femmes. Ces intervalles de confiance ont été établis sur la base de différents indices des prix intégrant dans des proportions variables prix et habitudes de consommation.

Les auteurs se sont aussi intéressés aux évolutions des inégalités de salaires entre membres d’une même classe d’âge, là encore en considérant la carrière entière selon stratifications : pour les hommes, pour les femmes et pour la population totale. Pour les hommes comme pour les femmes considérés séparément, cette augmentation des inégalités est forte tout au long de la période, au bénéfice des travailleurs les mieux payés. Il est difficile d’établir cette comparaison sur des bases chiffrées, puisque les chiffres varient en fonction des percentiles et des classes d’âge considérés, mais à titre d’exemple, on peut indiquer grossièrement que seuls les 5 % à 10 % des hommes ayant eu le salaire le plus élevé ont vu leurs revenus augmenter au cours de la période par rapport à leurs devanciers.

Pourtant, paradoxalement, quand on considère l’ensemble de la population (hommes et femmes confondus), cette tendance à l’augmentation des inégalités au sein d’une même classe d’âge se retrouve, mais à un niveau beaucoup plus faible. Le rattrapage des salaires des femmes par rapport à celui des hommes entre 1957 et 2013 a pour effet d’effacer, sinon complètement mais en grande partie, le phénomène : le rattrapage féminin a fait augmenter fortement la médiane, sexes confondus, des plus bas salaires et des salaires moyens.

En conclusion, sur la période considérée, les principales victimes [1] de cette stagnation des revenus apparaissent être principalement les hommes ayant un revenu faible ou moyen.

Cette étude montre que la stagnation, voire la diminution des salaires dont font état les travailleurs aux États-Unis, n’est pas une vue de l’esprit mais une réalité fortement ancrée dans les décennies qui viennent de s’écouler. La question est de savoir, maintenant que le rattrapage salarial femmes / hommes, à défaut d’être achevé, semble ralentir, quelles en seront les conséquences sur le développement de la consommation et de l’économie.



[1] Ce terme de victimes n’a pas pour objectif de faire oublier les discriminations dont les femmes ont elles-mêmes été victimes dans les périodes précédentes.

Site web
https://fguvenendotcom.files.wordpress.com/2014/04/gks_lifetime_history_2017_apr_nber.pdf

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