Rapport

Économie, emploi - Entreprises, travail - Territoires, réseaux

Les Pôles de compétitivité : quels résultats depuis 2005 ?

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Les Pôles de compétitivité : quels résultats depuis 2005 ?
BEN HASSINE Haithem , « Les Pôles de compétitivité : quels résultats depuis 2005 ? », France Stratégie, 2020.

La politique des pôles de compétitivité a été lancée en France en 2004, avec l’objectif de soutenir l’innovation dans les régions en mettant en réseau des entreprises, des laboratoires de recherche publics et des centres de formation, et ainsi d’amplifier leur compétitivité grâce à des projets innovants. Initialement, 65 pôles ont été labellisés avec des thématiques les plus diverses (de l’agroalimentaire à l’énergie en passant par le numérique et la finance), avec une forte disparité du nombre de leurs membres (200 en moyenne, certains pôles étant plurirégionaux). En 2019, le dispositif est entré dans une quatrième phase qui vise à affirmer la compétitivité européenne des pôles (56 ont été labellisés en février 2019). Quinze ans après son lancement, on doit donc s’interroger sur l’efficacité de cette politique et France Stratégie présente, dans cette note, les résultats et les conclusions d’une étude sur les « impacts économiques et territoriaux des pôles de compétitivité selon les territoires » qu’il a cofinancée avec l’ANCT (Agence nationale de la cohésion des territoires), et qui a été confiée à EuroLIO (European Localized Innovation Observatory) / Technopolis.

La note rappelle que la première évaluation des pôles avait été réalisée par l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques) en 2014. Elle constatait qu’une politique de coopération entre acteurs de la R&D et de l’innovation « prend du temps » à se concrétiser, et que dans sa première phase, les entreprises avaient certes dépensé la totalité de subventions qu’elles avaient reçues dans des projets, mais que celles-ci ne les avaient pas incitées à investir davantage avec leurs fonds propres. Autrement dit, l’effet de « levier » de la politique publique avait été très faible. Une étude de France Stratégie avait confirmé ce diagnostic en 2017, pour la première phase de la stratégie, mais relevait que si un effet de levier positif sur les dépenses de R&D se manifestait dans la deuxième (2009-2013), la politiques des pôles n’avait pas encore eu d’impact sensible sur les variables de marché (emplois, chiffre d’affaires, exportations). La nouvelle évaluation avait pour objectif de mesurer les effets des leviers mis en œuvre (financier par les subventions, structurels par les réseaux, la spécialisation sur un territoire et la concentration des acteurs) sur les ressources mobilisées, les résultats en termes d’innovations et de performances économiques, sur les territoires (émergence de pôles d’excellence, renforcement des spécialisations), sur le pays dans son ensemble (entraînement sur les dépenses de R&D, dépôts de brevets).

Le bilan de l’étude met en évidence un bilan contrasté. Ainsi il confirme l’impact des pôles sur les dépenses de R&D de certaines entreprises : un euro de subvention publique aurait généré 2,5 euros de dépenses supplémentaires de la part des petites et moyennes entreprises (PME) sur leurs fonds propres mais, en revanche, cet effet de levier ne se manifeste pas pour les grandes entreprises et celles de taille intermédiaire (ETI) de plus de 250 salariés, la plupart des entreprises bénéficiant par ailleurs du crédit d’impôt recherche. L’étude ne met pas en évidence d’effets significatifs de l’incidence de l’appartenance à un pôle pour des grandes entreprises et des ETI sur leurs variables économiques, toutefois, leurs exportations semblent stimulées ; et elle a un effet positif sur l’emploi dans les PME.

La contribution de la stratégie des pôles à la structuration des réseaux d’innovation, un de leurs objectifs, apparaît très inégale. La cohésion des relations entre les partenaires semble progresser au sein des pôles au fil du temps, mais le nombre de collaborations tend à diminuer, ce constat traduit peut-être l’effet, d’une part de l’augmentation des collaborations interpôles, et d’autre part de l’augmentation du nombre de PME dans les pôles, ces dernières n’ayant pas une longue expérience de la collaboration avec des partenaires.

L’impact territorial des pôles est très variable d’un département, voire d’une région, à l’autre, mesuré par l’augmentation des dépenses de R&D et du nombre des dépôts brevets. Une augmentation de 10 % du nombre d’adhérents à un pôle dans un département s’y traduirait par une hausse de 3 % des dépenses privées de R&D, une hausse somme toute modeste, et l’étude constate l’absence d’effet d’entraînement des dépenses de R&D privées entre départements voisins ; si les pôles de compétitivité ont eu un impact positif sur les investissements locaux de R&D, ils ne semblent pas en avoir eu sur les dépôts de brevets.

L’articulation de la politique des pôles avec les stratégies nationales, régionales et européennes peut avoir des effets différents. L’addition des deux premières tend à accroître les financements publics dans une région ou un département, mais elle peut aussi conduire à un effet d’aubaine, les crédits publics se substituant aux financements privés. Quant aux financements européens qui engagent à des coopérations avec des partenaires extérieurs dans le cadre de projets coopératifs, ils peuvent conduire une entreprise d’un département à diminuer ses engagements financiers avec des partenaires d’un département voisin.

Les conclusions de cette étude sur la politique des pôles de compétitivité sont mitigées. Elle a eu des effets positifs sur les entreprises et les territoires, pour un coût total qui n’est d’ailleurs pas estimé, mais avec un impact sur les stratégies d’innovation des entreprises qu’il est difficile d’évaluer. Le rapport suggère d’encourager les fusions entre les pôles insuffisamment structurés et ceux ayant développé d’importantes capacités de coordination dans les activités de pôle (mais ces derniers ne seront-ils pas alors handicapés ?). On remarquera que les activités de formation (notamment celle de techniciens) des pôles, a priori une de leurs missions, fort curieusement ne sont pas évaluées. Les pôles de compétitivité demeurent un outil potentiellement important d’une politique d’innovation et de développement industriel qui s’appuie sur les territoires, mais les conclusions de ce rapport donnent à penser que leurs performances sont encore loin d’être optimales. On observe d’ailleurs que le Plan de relance économique du gouvernement français, dont l’un des piliers est le renforcement de la compétitivité de l’économie, ne fait aucune référence explicite à ces pôles.

Site web
https://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/fs-2020-ns-pole-competitivite-aout.pdf