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Le Totalitarisme pervers d’une multinationale au pouvoir

Par

Le Totalitarisme pervers d’une multinationale au pouvoir
DENEAULT Alain , « Le Totalitarisme pervers d’une multinationale au pouvoir », Rue de l’Échiquier, 2017.

De nature plus rétrospective que prospective, ce livre dénonce le pouvoir acquis par les multinationales, Total en premier lieu. Non seulement un impressionnant pouvoir, financier, économique, géopolitique ou technologique, et plus fondamental, une influence sur le droit. Le droit n’est pas la morale et les grandes multinationales ont les moyens, non seulement d’utiliser les droits — tout ce qui n’est pas interdit est autorisé —, de jouer des différences de droit entre pays (paradis fiscaux), mais surtout d’influencer la construction du droit par le lobbying, les échanges de personnel avec l’État, la communication et les actions de bienfaisance de la fondation d’entreprise.

Contrairement aux régimes politiques totalitaires dits « psychotiques », où la censure voire la répression sont assumées pour le bien supérieur de la nation, le totalitarisme pervers des multinationales n’assume pas comme telle sa domination. Ce sont plutôt des postulats de nécessité dans la compétition économique mondiale, pour garantir l’approvisionnement de nos sociétés. « Ce sont les banques et hedge funds, les agences de notation, les compagnies pétrolières et minières, les empires de l’informatique, les multinationales de l’agroalimentaire et les sociétés d’armement qui ont le pouvoir », affirme l’auteur, ils veillent à la subordination des États aux règles des affaires. Leur puissance les autorise à des pollutions, des corruptions…, que la morale réprouve, tant elles peuvent jouer du droit local ou user de leur puissance financière. Parce que transnationales, elles s’imposent comme des législateurs d’un nouveau genre qui n’ont de comptes à rendre qu’à leurs actionnaires, invoquant la liberté et ne faisant pas de politique. Elles imposent néanmoins la loi du marché, de la concurrence, de l’offre et la demande.

Pour devenir une telle puissance, Total a été évidemment aidé par l’État, dont il a aussi été un instrument (Françafrique, Libye…). En même temps, l’État se désengageait de l’actionnariat de l’entreprise. On apprend que la société de gestion d’actifs BlackRock, aux États-Unis, est le premier actionnaire de la firme, et les principaux détenteurs de titres viennent du Royaume-Uni, de Belgique de Suède ou de différents paradis fiscaux. La République française ne possède plus de parts directement et ne sont français que 28 % des titres et seulement 16 % des titres détenus par les investisseurs institutionnels qui contrôlent la firme.

L’ouvrage dénonce, avec beaucoup de références, le pouvoir exorbitant de telles entreprises, avec pour seul contrôle le pouvoir des actionnaires. Mais il ne propose rien pour y remédier. Dommage.

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