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Économie, emploi - Ressources naturelles, énergie, environnement

Le Progrès m’a tuer. Leur écologie et la nôtre

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Le Progrès m’a tuer. Leur écologie et la nôtre
COLLECTIF , « Le Progrès m’a tuer. Leur écologie et la nôtre », L’Échappée / Le Pas de côté, 2016.

L’idée même de « décroissance » est généralement jugée très négativement, la décroissance prônée par certains étant assimilée à une régression, sinon à un retour au Moyen-Âge. La croissance économique, elle, est évoquée à longueur de temps comme la panacée à tous nos maux (la pauvreté, le chômage…), comme l’unique moyen de parvenir à un plus haut niveau de bien-être. Le livre Le Progrès m’a tuer (dont la faute d’accord fait référence à l’inscription « Omar m’a tuer » découverte lors d’un sordide assassinat) peut donc être utile à tous ceux qui cherchent à comprendre la pensée des décroissants.

Selon eux, ce que l’on dénomme couramment le progrès conduit surtout au réchauffement climatique, à l’accroissement des inégalités, à l’épuisement des ressources, à l’asservissement des hommes par le numérique et à un désenchantement général auquel ne peuvent, à l’évidence, pas remédier la consommation et la logique de marché.

Le Progrès m’a tuer est une compilation de textes de différents auteurs se réclamant de ce mouvement. Ils proviennent, pour la plupart, de leur contribution à une manifestation qui devait être organisée contre la 21e convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique (COP21) à Paris, fin 2015, mais qui fut annulée suite aux attentats terroristes. Ces articles promeuvent la décroissance de la consommation qui permettrait, selon les auteurs, d’instaurer un monde plus humain, dans lequel le goût de l’effort et du travail referait surface, et dans lequel les entreprises seraient mues par un nouvel humanisme, animées non exclusivement par le profit mais par le souci du bien commun et du développement durable.

Bien que ces articles tournent autour d’un même sujet, on y trouve assez peu de redites, du fait de la diversité des auteurs (de profession philosophe, journaliste, membre d’association, anthropologue, économiste, physicien, humoriste, etc.) et des thèmes abordés, qui touchent aussi bien l’agriculture que l’éducation ou la culture. Cela toutefois n’exclut ni la présence de doublons (comme ces articles aux titres quasi identiques : « En finir avec le mythe du progrès », de Thierry Jaccaud, et « En finir avec la religion du progrès », de John Michael Greer) ni celle de contradictions (ainsi entre les conclusions de ces deux articles : « Le pouvoir de dire non », de Jean-Michel Besnier, et « Avons-nous le pouvoir de changer les choses ? », d’Angélique et François Del Rey).

Le sous-titre : « Leur écologie et la nôtre » contient également une critique de l’écologie « croissanciste », de la croissance dite verte : celle de Nicolas Hulot, de Yann Arthus-Bertrand et de la COP21. Mais ces articles contrastent avec le ton souvent hargneux, provocateur et parfois irritant de certains articles du journal La Décroissance (qui coordonne l’ouvrage), qui clouent au pilori certains écologistes parfois sans réels arguments.

Mais au fait, que proposent ces décroissants ? Leurs réponses sont variées : remettre au goût du jour l’austérité, qui serait, selon eux, un « moyen de libération et d’émancipation », capable de réduire les inégalités ; réconcilier l’homme et la nature ; faire chuter la production globale ; donc entraîner une baisse drastique de la consommation matérielle et énergétique, ainsi que des heures de travail, qui permettrait de retrouver les valeurs de la reconnaissance et du souci de l’autre.

Les auteurs ont manifestement une vision trop binaire de l’avenir : le modèle actuel est accusé de tous les maux. À l’inverse, ils nous présentent une vision utopique de la décroissance. On remarque aussi un manque cruel de propositions s’agissant des actions concrètes que peuvent dès maintenant accomplir les individus (car, disent les auteurs, la décroissance n’est pas un mouvement de « colibris », mais un projet politique à mener à grande échelle). De plus, ces auteurs ne disent quasiment rien des autres mouvements alternatifs à la croissance ni des développements récents tels que l’économie circulaire, de fonctionnalité ou collaborative, qui sont pourtant de nature à modifier profondément les modèles économiques d’hier.

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