Rapport

Recherche, sciences, techniques - Ressources naturelles, énergie, environnement

La Modification génétique des animaux à l’épreuve de l’édition du génome

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La Modification génétique des animaux à l’épreuve de l’édition du génome
CHARLOT Christine , « La Modification génétique des animaux à l’épreuve de l’édition du génome », Comité consultatif commun d’éthique INRA-CIRAD-IFREMER, 2019.

Après un avis consacré aux nouvelles techniques d’amélioration génétique des plantes (2018), le comité consultatif d’éthique commun INRA (Institut national de la recherche agronomique)-CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement)- Ifremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer) a publié, fin 2019, cet avis sur la modification génétique des animaux par les technologies d’édition du génome. Les auteurs rappellent l’importance, pour la compréhension des mécanismes d’expression et de régulation des gènes (via leur inactivation ou modification ciblée), des techniques récentes d’édition du génome et de mutagenèse dirigée (notamment CRISPR-Cas9 [1]). Elles posent de nouvelles questions éthiques à la sélection génétique animale, analysées dans cet avis.

Le Comité se penche d’abord sur l’édition du génome des animaux de rente. Toutes les espèces domestiques sont en effet potentiellement concernées par des modifications de ce type, visant à améliorer la santé des animaux (par exemple, résistance à la grippe aviaire pour les volailles), à modifier des caractères liés à l’élevage (par exemple, bovins sans cornes) ou des caractères de production (par exemple, inhibition de la production de protéines allergènes). Le Comité estime que la prise en compte et l’amélioration du bien-être animal doivent être au cœur des nouvelles stratégies de sélection, sans toutefois chercher à adapter des animaux à des conditions d’élevage difficiles.

Selon les auteurs, de telles modifications génétiques doivent procurer des avantages aux animaux, aux consommateurs et à la société. Ils recommandent alors que chaque projet de recherche soit soumis à un comité réunissant chercheurs, acteurs des filières et société civile, en amont des travaux.

Dans une deuxième partie, le Comité étudie les techniques d’édition du génome des espèces considérées comme nuisibles, notamment celle du forçage génétique (gene drive), pour contenir les populations d’insectes ravageurs ou vecteurs de maladies. Ce forçage repose sur la propagation des modifications génétiques apportées et il contredit donc les mesures habituelles de biosécurité (confinement). Les auteurs considèrent que, vu le caractère « rudimentaire » des connaissances actuelles, ces techniques comportent trop d’incertitudes sur leur efficacité et leurs effets écosystémiques : ils invoquent le principe de précaution et appellent à développer des travaux de recherche dédiés avant de permettre leur utilisation.

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Source :
ce texte est issu du Bulletin de veille du CEP (Centre d’études et de prospective), février 2020. URL : http://veilleagri.hautetfort.com/archive/2020/02/13/les-enjeux-ethiques-de-la-modification-du-genome-des-animaux-6212628.html. Consulté le 14 avril 2020.



[1] CRISPR : Clustered Regularly Interspaced Palindromic Repeats. Il existe plusieurs enzymes de ce type ; la plus célèbre est Cas9 (qui signifie CRISPR associated protein 9) (NDLR).

Site web
https://www.inrae.fr/sites/default/files/pdf/Avis-12-Comite-Ethique-web.pdf

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