Rapport

Économie, emploi - Ressources naturelles, énergie, environnement

Global Material Resources Outlook to 2060: Economic Drivers and Environmental Consequences

Par

Global Material Resources Outlook to 2060: Economic Drivers and Environmental Consequences
OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) , « Global Material Resources Outlook to 2060: Economic Drivers and Environmental Consequences », OCDE, 2019.

Le couplage aujourd’hui inévitable de la consommation des ressources naturelles avec la croissance économique entraîne des questionnements sur la sécurité de l’approvisionnement de ces ressources et les conséquences environnementales liées à leur extraction. Un découplage partiel apparaît progressivement grâce aux nouvelles technologies, à la progression du recyclage, à la modification de la demande et à l’amélioration de l’efficacité des ressources (optimisation de l’usage de la matière). Mais si les politiques ne changent pas cela ne suffira pas pour atteindre les Objectifs de développement durable des Nations unies (ODD) et l’objectif de limiter à 2 °C le réchauffement climatique, adopté par l’accord de Paris. Ce rapport apporte un éclairage sur les mécanismes qui lient l’activité économique, la consommation des ressources et les impacts environnementaux. Il met en évidence la nécessité de l’action politique pour découpler ces phénomènes. Des projections sont faites jusqu’en 2060 grâce à l’utilisation d’un modèle. L’évolution de la consommation de 61 matières premières primaires est étudiée : biomasse, énergies fossiles, métaux et minerais non métalliques. L’évolution du recyclage (matériaux secondaires) est également étudiée.

Le modèle utilisé et mis au point par l’OCDE repose sur les bases de données économiques nationales. Il décompose le monde en huit macrorégions et 25 sous-régions. Il ne tient pas compte des flux indirects de matériaux dus aux processus de production et aux transports. Un scénario de référence est élaboré. Il prend en compte une croissance de population et une convergence des revenus situées entre les fourchettes haute et basse des prévisions de chacun de ces indicateurs. Il mesure l’impact uniquement des politiques actuelles et non de celles en discussion.

Les trois mécanismes principaux influençant la consommation des ressources sont décrits. Il s’agit tout d’abord de deux facteurs socio-économiques clefs : la croissance de la population et la convergence des revenus, principaux moteurs de la croissance du produit intérieur brut (PIB). La croissance économique globale projetée et l’amélioration du niveau de vie associée vont entraîner une hausse de la consommation des ressources. Le scénario de référence prévoit un ralentissement de la croissance démographique mais une population qui augmente toujours pour atteindre 10 millions de personnes en 2060. Le PIB mondial est alors multiplié par quatre, avec une croissance économique qui diminue puis se stabilise à 2,5 % par an.

Le deuxième mécanisme est la modification de la demande. Avec la convergence des niveaux de vie et le vieillissement de la population, la consommation va de plus en plus se tourner vers le secteur des services. Ce secteur ayant une intensité matérielle (quantité de matières premières consommées pour produire une valeur donnée) plus faible que l’industrie et l’agriculture, ceci va entraîner une baisse de la consommation de matière.

Enfin, le troisième mécanisme est le changement des modes de production. Le développement des produits recyclés, l’apparition de nouvelles technologies, l’amélioration des process et de l’efficacité énergétique vont permettre de diminuer la consommation de matières premières.

La modification de la demande et le changement des modes de production diminuent la consommation des ressources. Mais dans le scénario de référence, cet effet n’est pas suffisant pour contrebalancer l’effet négatif des facteurs socio-économiques. La clef est donc le découplage de cette consommation avec la croissance économique. Ceci peut se faire en stimulant la transition vers une économie circulaire et en améliorant l’efficacité des ressources.

Le rapport présente les projections de l’utilisation des ressources en observant l’évolution de trois indicateurs principaux : l’utilisation de matières premières primaires, l’intensité matérielle rapportée au PIB et l’utilisation de matière par habitant. Dans le scénario de référence, l’extraction de matières double d’ici 2060 pour atteindre 167 gigatonnes. Cette utilisation augmente pour tous les types de ressources et dans toutes les régions du globe. Le cas du cuivre, du fer, de l’acier et des métaux rares sont particulièrement étudiés. En effet, ces matériaux et leur approvisionnement sont stratégiques pour les pays de l’OCDE, du point de vue tant économique qu’environnemental.

Le scénario de référence est comparé à d’autres scénarios dont les paramètres socio-économiques, environnementaux ou politiques diffèrent. Les incertitudes principales résident dans l’amplitude et la vitesse de croissance de la population et de la convergence des revenus. De petites variations dans ces paramètres entraînent de grandes modifications dans la prédiction du PIB à 2060 et ont une influence sur la consommation de ressources primaires. Ces incertitudes engendrent une variation de plus ou moins 20 % de l’utilisation de matières premières primaires autour du scénario de référence. D’autres incertitudes existent, notamment concernant la situation économique en Asie et plus particulièrement en Chine, qui peut affecter la demande en matériaux de construction.

Le recyclage est également abordé. Le taux de recyclage est différent selon les matières, mais les projections indiquent que le secteur du recyclage va tripler son activité d’ici 2060 dans le scénario de référence, grâce à des améliorations dans les technologies de recyclage. Cependant, ce secteur restera une part mineure de l’économie totale car l’expansion des matériaux secondaires est entravée par des coûts du travail trop élevés.

Enfin, les impacts environnementaux sont projetés : acidification et appauvrissement des sols, changement climatique, eutrophisation, utilisation de l’eau, toxicité de l’eau et de l’air… Dans le scénario de référence, ces impacts seraient multipliés par deux d’ici 2060. Les émissions de gaz à effet de serre passeraient de 30 à 50 gigatonnes d’équivalent CO2, or les activités de gestion des ressources sont responsables de deux tiers des émissions de gaz à effet de serre.

Les auteurs précisent bien que leur étude ne constitue pas une prédiction, le but étant de montrer les conséquences d’une inaction politique. Les incertitudes sont très justement expliquées. Les projections sont clairement exposées, et de manière très détaillée : elles sont effectuées pour toutes les ressources et par région du monde. Les matières transformées comme le plastique ne sont que très peu abordées et feront l’objet d’une étude plus approfondie. Peu de préconisations sont formulées pour les politiques : il est conseillé d’adapter les politiques en fonction de la ressource et de traiter le problème dans sa globalité, en tenant compte de la complexité des liens entre activité économique, utilisation des ressources et ODD. La question de la modification des modes de consommation n’est pas abordée.

Site web
https://www.oecd.org/environment/global-material-resources-outlook-to-2060-9789264307452-en.htm