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Global Food System Emissions Could Preclude Achieving the 1.5° and 2°C Climate Change Targets

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Global Food System Emissions Could Preclude Achieving the 1.5° and 2°C Climate Change Targets
CLARKMichael A. , « Global Food System Emissions Could Preclude Achieving the 1.5° and 2°C Climate Change Targets », Science, vol. 370, 6517, 2020, p. 705-708.

Sans transformation majeure du système alimentaire mondial, les accords de Paris sont voués à l’échec

Le 6 novembre 2020, huit chercheurs publient une étude alarmante dans Science : si le système agroalimentaire mondial n’est pas immédiatement réformé, il sera impossible d’atteindre les objectifs de limitation de l’augmentation des températures planétaires fixés à 2 °C d’ici 2100 par les accords de Paris signés en 2015. Michael Clark, Nina Domingo et leurs collègues tirent cette conclusion de leur modèle leur permettant d’estimer les impacts à court, moyen et long termes, de l’agriculture et de l’alimentation sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) selon un scénario tendanciel et plusieurs scénarios optimistes dans lesquels des mesures significatives contre les émissions auraient été prises. Mais pour le moment, la plupart des efforts de réduction des gaz à effet de serre se sont concentrés sur la production électrique, le transport et l’industrie. Pourtant, le système alimentaire mondial est une source de production majeure de GES : près de 30 % des gaz au total. Si aucune stratégie concertée et massive n’a été mise en place, est-ce que parce que l’on considère que c’est un prix inévitable à payer pour nourrir l’humanité ?

Mais le prix à payer en poursuivant comme aujourd’hui serait plus lourd encore, alertent les auteurs. Les sources d’émission de GES sont multiples dans le système agricole : la déforestation, l’utilisation de fertilisants et de produits phytosanitaires, la fermentation issue de l’élevage de ruminants, ou encore la combustion d’énergies fossiles dans la production alimentaire… Sans transformation profonde, selon un scénario tendanciel pour les 80 années à venir, la consommation alimentaire mondiale devrait continuer de croître, les terres à être détériorées, le gaspillage alimentaire à augmenter. Dans ce scénario, le système alimentaire dépasserait, à lui seul, le seuil maximal des émissions de CO2 au-delà duquel la trajectoire d’un réchauffement limité à 1,5 °C entre 2020 et 2100 serait intenable, soit 1 356 gigatonnes de CO2 cumulés sur la période.

Émissions cumulées de GES issus du système alimentaire, 2020-2100 (en GtCO2)

Lecture : sur ce graphique, les auteurs ont représenté en noir le scénario tendanciel, puis en vert et en bleu les différentes stratégies de réponse. Les histogrammes de droite, en gris foncé, représentent l’impact sur l’émission cumulée de gaz à effet de serre si toutes les stratégies étaient adoptées simultanément à 50 % ou à 100 %.

Pour répondre à cet enjeu majeur, il existe des solutions, que les auteurs listent dans leur étude : promouvoir un régime moins carnivore à l’échelle mondiale, diminuer la consommation calorique des plus gros consommateurs au niveau sanitaire recommandé, améliorer la génétique et les pratiques agronomiques pour augmenter les rendements, diminuer l’utilisation de fertilisants et autres produits de synthèse, réduire le gaspillage alimentaire. Si ces cinq stratégies étaient adoptées simultanément et pleinement, les émissions cumulées de gaz à effet de serre du système alimentaire pourraient être réduites de 14 % à 48 % entre 2020 et 2100. Même en ne les adoptant que partiellement (à 50 %), la diminution d’émissions de GES serait quand même de 63 % par rapport au scénario tendanciel.

Mais le temps presse. Non seulement aucune de ces cinq stratégies n’est suffisante seule, mais en outre, tout retard dans leur mise en œuvre (par exemple un retard de 25 ans) les rendrait inefficaces pour atteindre les objectifs vitaux des accords de Paris. Il faut donc les déployer à grande échelle dès aujourd’hui. En outre, l’étude rappelle que ces stratégies étendraient leurs bénéfices à d’autres champs inclus dans les objectifs de développement durable des Nations unies : diminuer la pollution du sol et de l’eau, améliorer la gestion de la ressource hydrique, mais aussi diminuer la prévalence de l’obésité, des diabètes, des maladies du cœur et de la mortalité prématurée si un meilleur régime alimentaire était déployé. Alors, pourquoi attendre ?

Site web
https://science.sciencemag.org/content/370/6517/705/

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