Rapport

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Faire sa part ? Pouvoir et responsabilité des individus, des entreprises et de l’État face à l’urgence climatique

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Faire sa part ? Pouvoir et responsabilité des individus, des entreprises et de l’État face à l’urgence climatique
DUGAST César and SOYEUX Alexia , « Faire sa part ? Pouvoir et responsabilité des individus, des entreprises et de l’État face à l’urgence climatique », Carbone 4, 2019.

L’accord de Paris sur le climat signé fin 2015 a pour objectif principal de contenir la hausse de la température moyenne à l’horizon 2100 bien en dessous de 2 °C par rapport au niveau préindustriel. Pour la France, cela signifie que l’empreinte carbone moyenne des Français [1] doit baisser de 80 % d’ici 2050. Dans cette publication, Carbone 4 — cabinet de conseil spécialisé dans la stratégie bas carbone et l’adaptation au changement climatique — souhaite évaluer et préciser la part de chaque acteur socio-économique (ménages, entreprises, État) dans la réalisation de cet objectif. La question de la responsabilité de la réduction est en effet au cœur de nombreux débats.

Il s’agit ici d’une approche moyenne qui ne prend pas en compte les différentes classes socio-économiques. L’impact des actions est mesuré via la quantité de gaz à effet de serre (GES) émise annuellement. Les autres impacts environnementaux (eau, biodiversité, déchets…) ne font pas l’objet de cette étude.

En s’appuyant sur des données publiées notamment dans la base Carbone de l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) et sur leurs modélisations internes, les auteurs s’intéressent tout particulièrement à l’impact réel des gestes que les ménages peuvent faire au quotidien, sans investissement, pour faire baisser leur empreinte carbone (« écogestes »). Ils démontrent ainsi qu’un comportement « héroïque », c’est-à-dire un engagement très fort de l’ensemble des Français, pourrait permettre de diminuer de 25 % l’empreinte carbone annuelle nationale. Parmi les écogestes les plus décisifs, on note, par ordre décroissant d’influence : le passage à un régime végétarien, l’utilisation du vélo pour les trajets courts, le covoiturage sur tous les trajets, l’arrêt de l’utilisation de l’avion, la diminution de l’achat de vêtements neufs, l’achat de nourriture locale, la baisse de la température dans les logements, l’achat d’électroménager d’occasion… Mais selon une étude de l’association des Entreprises pour l’environnement (EPE) [2], seulement 20 % des Français sont fortement engagés sur les sujets du climat. Le niveau d’effort demandé est très élevé et les auteurs évaluent donc un engagement plus réaliste des Français dans ces écogestes, qui pourrait selon eux entraîner une baisse de 5 % à 10 % de l’empreinte carbone moyenne.

Dans une deuxième partie, les auteurs constatent que le faible impact des gestes individuels sur l’empreinte carbone est dû au fait que le système sociotechnique sur lequel notre société est construite repose sur une énergie fossile bon marché et illimitée. Pour une baisse plus significative des émissions de GES, une mutation profonde du système est nécessaire. Cette transformation nécessite un investissement massif de la part de l’État et des entreprises.

Enfin, dans une troisième partie, les auteurs mettent en avant l’importance d’une action collective. L’investissement des ménages apparaît comme un levier majeur dont les deux axes principaux sont le logement (rénovation, changement de chaudière) et la mobilité (achat d’un véhicule particulier bas carbone). D’après cette étude, un investissement fort des ménages pourrait permettre une baisse de 20 % de l’empreinte carbone moyenne. Mais, à l’instar des écogestes, les auteurs estiment que seule une partie des investissements seront réalisés, en fonction de la volonté de changement de chaque ménage. Ainsi, une vision plus réaliste serait de tabler sur une baisse de l’empreinte carbone due aux investissements des ménages de seulement 10 %. En cumulant les écogestes et les investissements, un engagement fort des individus permettrait donc une baisse de 45 % de l’empreinte carbone française, mais une estimation plus réaliste se base plutôt sur une baisse de 20 %. L’action des ménages est donc fortement insuffisante.

Avec l’estimation réaliste, il reste 60 % de baisse de l’empreinte carbone à réaliser pour arriver à l’objectif final de 80 % : c’est la part de l’État et des entreprises. Les entreprises doivent mesurer leur dépendance aux énergies fossiles, décarboner leurs chaînes de valeur et inclure la question du climat au sein de leur stratégie. La part de l’État est déterminante. Il lui faut en effet décarboner ses propres services et rénover ses bâtiments. Il doit former ses agents sur les questions d’énergie et climat. Mais l’État doit également réguler et inciter les investissements des ménages et des entreprises dans la décarbonation.

L’expertise des auteurs est indéniable. Les faits sont très clairement exposés. Les messages principaux apparaissent nettement. L’action des ménages (écogestes du quotidien et investissements) est nécessaire mais non suffisante. La part des entreprises et de l’État représente les trois quarts de l’effort à fournir pour atteindre l’objectif de l’accord de Paris. L’action doit donc être collective. Le système sociotechnique sur lequel notre société est fondée doit être transformé. Cette publication n’a pas pour objectif de donner des solutions concrètes ; elle propose juste quelques pistes d’action. Elle donne surtout des ordres de grandeur compréhensibles par tous sur l’ampleur de la tâche qui incombe à chaque acteur socio-économique.



[1] Empreinte carbone du pays (à savoir : émissions territoriales de la France + importations – exportations) divisée par le nombre d’habitants.

[2]ZEN (Zéro émission nette) 2050. Imaginer et construire une France neutre en carbone, Paris : EPE, mai 2019, 88 p. (analysé sur le site de Futuribles).

Site web
http://www.carbone4.com/wp-content/uploads/2019/06/Publication-Carbone-4-Faire-sa-part-pouvoir-responsabilite-climat.pdf