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Ressources naturelles, énergie, environnement - Société, modes de vie

Écologie et démocratie

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Écologie et démocratie
ZASK Joëlle , « Écologie et démocratie », Premier Parallèle, 2022.

Dès l’introduction de son propos — et fidèle à ses convictions si bien documentées dans son abondante et parfois iconoclaste œuvre philosophique — Joëlle Zask nous indique le chemin qu’elle va nous faire parcourir dans son dernier essai, à la fois réquisitoire et pamphlétaire. Posant en filigrane la question de savoir à qui profite le crime d’une prétendue antinomie entre nécessité démocratique et urgence écologique, elle interroge d’emblée notre propre système de pensée si ce n’est notre conscience. « La conscience écologique dérive de l’engagement concret des individus dans des expériences à leur portée qui les initient à des relations dialogiques avec des choses et des êtres dont ils conviennent qu’ils ne dépendent pas d’eux-mêmes. Autrement dit, cette conscience repose sur les pratiques d’autogouvernement, dont la démocratie comme mode de vie et comme système de gouvernement est la meilleure garante. »

Autogouvernement, le mot est donc lâché et c’est certainement celui qui, au fil de ces pages, met en exergue l’ambition de l’auteur : nous avertir que nous ne savons pas naturellement nous comporter comme des humains responsables, qu’il nous faut apprendre à « nous conduire sans maître » pour comprendre comment nous relier aux autres. Ainsi nous entraîne-t-elle vers l’idée selon laquelle c’est à la démocratie qu’il revient de « mettre à disposition des individus les outils dont l’usage les entraînera à s’autogouverner ».

C’est à ce moment que son argument prend toute sa dimension car, dès lors que la démocratie est considérée non comme une idée abstraite, un concept, mais comme un « mode de vie », comme une expérience vécue « au pays », nous parvenons bel et bien à en mesurer la dimension écologique ; tout du moins est-ce cela qu’affirme Joëlle Zask. Écologie de l’expérience, donc, c’est ce vers quoi le mode de vie démocratique doit nous orienter. Une expérience qui ne peut ni se déléguer ni se représenter, et qui interpelle donc, à juste titre, la vision politique restrictive de la démocratie dite représentative… Le lien avec la pensée du philosophe américain John Dewey ou de la médecin-pédagogue Maria Montessori est ainsi tout tracé, eux qui ont tenté depuis toujours de nous sensibiliser au caractère incontournable de l’expérience en tant qu’elle constitue l’unique connexion libre entre activité et développement.

Joëlle Zask ne fait toutefois pas l’économie d’une mise en garde : un bref mais vigoureux chapitre de son essai, intitulé « Effets pervers de la liberté comme autonomie », consolide en quelque sorte son développement et nous met en garde contre les travers d’une idée d’autogouvernement mal interprétée et confondue avec une forme d’affranchissement que l’auteur qualifie d’éco-fasciste. Elle justifie ainsi son alerte : « Entre la liberté comme autonomie et la suppression programmée de la nature s’établit un cercle vicieux. L’inconditionnalité de la volonté est une hypothèse absurde pour un être qui se sait relié à des choses qui ne dépendent pas de lui et fait des expériences, autrement dit se réalise en établissant un dialogue avec son milieu. »

Alors, comment construire et proposer un idéal démocratique évitant à chacun de dissoudre son individualité dans une contradiction permanente entre idéal symbiotique d’interdépendance et idéal fusionnel ? Quelle serait donc la bonne manière de se tenir sur la Terre ? Dans le monde de désolation que tend à devenir le nôtre, suggère l’auteur, il faut en revenir au pays, à la communauté autogouvernée. Ni anarchique ni contrôlée de l’extérieur, elle défend un modèle de démocratie écologique organisé en cités multi-individuelles, multiculturelles et multispécistes, coconstruites par leurs habitants qui en deviennent les gardiens au sens premier et anglo-saxon (steward) du terme. « L’humain comme gardien du monde concret n’est pas une utopie abstraite. Il lui manque d’avoir été clairement identifié et intégré ainsi dans nos représentations politiques de base […] », conclut-elle.

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