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Comprendre la biodiversité. Vrais problèmes et idées fausses

Par

Comprendre la biodiversité. Vrais problèmes et idées fausses
PAVÉ Alain , « Comprendre la biodiversité. Vrais problèmes et idées fausses », Seuil, 2019.

Le rapport changeant que les humains entretiennent avec la nature est scandé de grandes représentations mentales. Après la période très « environnement » des années 1970, il y eut des phases « développement durable », puis « transition énergétique » et « réchauffement climatique ». Nous sommes maintenant dans une forte séquence « biodiversité ». Utilisé par tous, en toutes occasions, ce terme galvaudé mélange craintes et espérances, science et idéologie, discours et réalités. Le catastrophisme médiatique de la « sixième grande extinction » en est un bel exemple, de même que la perception systématiquement positive d’une biodiversité bonne « en soi ».

Alain Pavé (biométricien, professeur émérite de l’université de Lyon) a écrit ce livre pour nous aider à distinguer le vrai du faux. Ni pessimiste ni optimiste, faisant preuve de mesure et de réalisme critique, il prône le doute scientifique, évacue les idées reçues et préconise une analyse plus fine et complexe des mécanismes à l’œuvre, en y incluant les derniers développements de l’évolutionnisme darwinien, du calcul des probabilités et des théories du hasard.

Le but de son ouvrage est aussi d’exposer de réels sujets de préoccupation pour les acteurs, en particulier publics, concernant l’origine et la mesure de la diversité du vivant, les bénéfices que l’on peut en tirer, son rôle dans le fonctionnement de la biosphère, le potentiel évolutif qu’elle représente en fonction de choix variés de politiques. Il insiste également, de chapitre en chapitre, sur les dimensions économiques, techniques, culturelles et même religieuses du sujet.

Bien évidemment, il n’a pas fallu attendre la création du néologisme « biodiversité » (1985) et sa large diffusion pour accumuler des connaissances sur l’énorme variabilité des êtres vivants. En faisant de cette « biodiversité » un synonyme vague de la « nature », la pensée écologique contemporaine court, selon l’auteur, un grand risque d’appauvrissement et de dilution. Il importe donc de revenir à une définition plus rigoureuse du concept, si on souhaite avoir des programmes d’interventions plus adaptées et des actions correctrices plus efficaces.

Plus profondément encore, les approches et les méthodes scientifiques doivent aussi se renouveler, et plusieurs pistes lui semblent prioritaires : cesser de penser les milieux en termes d’équilibre et révoquer en doute l’expression « bon état écologique », si prisée des administrations ; abandonner les visions finalistes et fixistes qui célèbrent la protection, la préservation et la conservation ; admettre que comptabiliser les espèces est insuffisant et que si la « loi aire-espèces [1] » fonctionne bien pour évaluer leur nombre, elle ne marche pas pour estimer leur disparition ; arrêter de confondre les résultats des modèles spéculatifs avec la réalité qui adviendra ; reconnaître que l’aléatoire joue un rôle fondamental dans les dynamiques biologiques. Alain Pavé critique également la formule « services rendus par les écosystèmes » : selon lui, soit elle veut dire que la nature nous offre des prestations, ce qui est reconnu depuis l’aube de l’humanité ; soit elle signifie que la nature est bien intentionnée, en oubliant alors qu’existent au moins autant de fonctionnalités négatives.

Loin de la petitesse de l’épopée humaine, l’auteur consacre nombre de ses réflexions à l’histoire longue de la planète. Il rappelle que les fameuses précédentes extinctions ont toujours été contrebalancées, ensuite, par de véritables explosions de la biodiversité. Depuis 500 millions d’années, la dynamique globale moyenne est bien à une augmentation de la diversité biologique. Son niveau actuel est supérieur à ceux du passé et, après chaque crise, non seulement elle se reconstitue rapidement, mais elle dépasse le niveau précédant l’extinction. Que les humains soient responsables ou non de sa réduction actuelle n’altèrera en rien cette loi scientifique.

Très souvent, les livres ambitionnant de démêler le vrai du faux prennent seulement le contre-pied des idées qu’ils dénoncent. Ce n’est pas le cas de celui-ci, dont le raisonnement général et les argumentations restent équilibrés, nuancés et fondés sur de nombreuses sources scientifiques. En ces temps d’éco-anxiété où, entre deux maux, il est de bon ton de choisir le pire, voici une lecture aidant à ne pas entrer en désespérance.

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Source : ce texte est une version allongée de la recension parue dans le Bulletin de veille du CEP, décembre 2019. URL : http://veilleagri.hautetfort.com/archive/2019/12/11/comprendre-la-biodiversite-vrais-problemes-et-idees-fausses-6198667.html. Consulté le 24 janvier 2020.



[1] La courbe aire-espèces représente le nombre d’espèces observées en fonction de la surface échantillonnée (NDLR).

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