Rapport

Économie, emploi - Ressources naturelles, énergie, environnement - Société, modes de vie

Climate Risk and Response: Physical Hazards and Socioeconomic Impacts

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Climate Risk and Response: Physical Hazards and Socioeconomic Impacts
MGI (McKinsey Global Institute) , « Climate Risk and Response: Physical Hazards and Socioeconomic Impacts », MGI (McKinsey Global Institute), 2020.

Le McKinsey Global Institute (MGI) publie ses travaux de recherche sur les impacts socio-économiques des dégâts matériels causés par le changement climatique. Ce rapport propose des méthodologies pour évaluer les risques et appelle à l’action en mettant en évidence l’ampleur potentielle des dégâts. Des recommandations sont formulées à l’intention des décideurs publics et des dirigeants d’entreprise pour mettre en place une réponse à ce défi.

Les auteurs concentrent leur réflexion sur les risques physiques liés au changement climatique, qu’ils soient liés à des événements extrêmes (inondations, tempêtes, sécheresses) ou à des modifications à long terme comme l’augmentation de la température globale. L’étude porte sur les trois prochaines décennies. Les risques d’atténuation, d’adaptation et d’assurance, ainsi que la problématique de la décarbonation ne sont pas traités. Les travaux ont été effectués en collaboration avec de nombreux spécialistes (Woods Hole Research Center, Institut du changement climatique d’Oxford…).

Le scénario choisi pour l’évolution du climat jusqu’en 2050 est le RCP (Representative Concentration Pathway) 8.5 du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Il s’agit du scénario le plus pessimiste, correspondant aux émissions de gaz à effet de serre (GES) maximales. Le choix de ce scénario est justifié par la volonté d’étudier les risques physiques du changement climatique en l’absence de décarbonation. La chaîne de causalité est alors construite : les données issues du modèle climatique sont traduites en variations globales et locales du climat, puis en fréquence et sévérité d’aléas climatiques, eux-mêmes traduits en fréquence et sévérité de risques physiques dont les conséquences socio-économiques sont évaluées. L’approche des risques physiques est probabiliste en raison de la nature probabiliste des aléas climatiques qui les provoquent. Les impacts du changement climatique sont déclinés en cinq catégories : impacts sur l’habitabilité / l’exploitabilité des terres, sur les systèmes alimentaires, sur les biens matériels, sur les infrastructures et sur le patrimoine naturel.

Deux études distinctes sont présentées dans ce rapport. La première est une analyse locale — bien que certains cas soient étudiés à l’échelle mondiale — de neuf cas choisis de manière à pouvoir étudier chacune des cinq catégories d’impacts. L’habitabilité et l’exploitabilité des terres sont étudiées en Inde et dans le Bassin méditerranéen ; les systèmes alimentaires sont étudiés au travers de la production céréalière dans le monde ; l’impact sur les biens matériels est étudié via l’immobilier en Floride et certaines chaînes d’approvisionnement ; les infrastructures sont étudiées pour des villes côtières. La fonte des glaciers dans l’Himalaya, l’acidification et le réchauffement des océans, ainsi que les modifications des forêts permettent d’étudier l’impact sur le patrimoine naturel.

En Inde, le nombre de personnes vivant dans des zones où existe une probabilité annuelle de vagues de chaleur mortelles non nulle risque de passer de 0 en 2018 à 160 à 200 millions en 2030, et 310 à 480 millions en 2050. En Floride, les ouragans dont la probabilité d’occurrence annuelle est de 1 % aujourd’hui auront une probabilité d’occurrence de 2 % en 2050 et engendreraient 50 milliards de dollars US de dégâts sur l’immobilier résidentiel, contre 35 milliards aujourd’hui. Dans le monde, le risque annuel d’une diminution supérieure à 15 % du rendement des cultures céréalières va doubler d’ici 2030 et quadrupler d’ici 2050. Pour les métaux lourds, essentiellement extraits dans le sud-est de la Chine, la probabilité d’occurrence annuelle de pluies dont l’intensité est telle qu’elles entraînent la fermeture des mines et des routes va s’accroître, passant de 2,5 % aujourd’hui à 4 % en 2030 et 6 % en 2050 ; ce qui va augmenter les prix pour toutes les industries en aval. À Hô-Chi-Minh-Ville, les répercussions économiques des inondations vont passer de 100 à 400 millions de dollars US aujourd’hui à 1,5 à 8,5 milliards de dollars US en 2050. Enfin, le changement climatique va entraîner la destruction de patrimoines naturels tels que les glaciers, l’écosystème des océans ou les forêts.

Ces études de cas montrent que les risques climatiques augmentent tous d’ici 2050. L’accroissement des impacts socio-économiques lié est non linéaire : au fur et à mesure que des seuils critiques physiologiques ou physiques sont franchis, les phénomènes peuvent s’emballer. Les aléas climatiques se manifestant localement, les impacts doivent être étudiés sur des zones géographiques limitées. Mais des répercussions plus globales peuvent exister, le MGI préconise donc une approche systémique et « micro-to-macro », c’est-à-dire de l’échelle locale vers l’échelle mondiale.

La deuxième étude est une analyse globale de l’évolution des risques climatiques dans 105 pays (90 % de la population et du produit intérieur brut du monde). L’utilisation de six indicateurs permet d’évaluer le nombre de vies humaines affectées, et les impacts sur les biens matériels et le patrimoine naturel. Les résultats montrent que d’ici 2030, tous les pays pourraient voir au moins un des six indicateurs augmenter. La multiplication des aléas climatiques met en danger des millions de vies : d’ici 2050, entre 700 millions et 1,2 milliard de personnes vivront dans des zones où la probabilité annuelle de vagues de chaleur mortelles dépassera 14 %. Les dommages sur les biens matériels dus aux inondations pourraient doubler d’ici 2030 et quadrupler d’ici 2050 pour atteindre 140 milliards de dollars US par an. D’ici 2050, environ 45 % des terres connaîtront une modification de leur biome et des écosystèmes liés. Les auteurs constatent que les pays avec le plus faible produit intérieur brut sont les plus exposés aux risques, alors que le changement climatique pourrait avoir des effets bénéfiques sur des pays plus riches (amélioration des récoltes en Europe du Nord et au Canada par exemple). Le changement climatique risque donc d’exacerber les inégalités.

Face à ces constats, les États et les entreprises ne sont pas assez préparés. Il faut désormais faire face à un monde en changement constant. Les décideurs doivent intégrer les risques climatiques dans leurs prises de décision, accélérer l’adaptation et augmenter son ampleur, décarboner à grande échelle. Les vies humaines et les biens doivent être protégés. Les secteurs de l’assurance et de la finance ont un grand rôle à jouer.

La démonstration du MGI est claire : le changement climatique est déjà là, les données scientifiques ne peuvent plus être niées. Si des incertitudes existent dans les calculs proposés (dont le MGI est conscient et qu’il explicite), les chiffres présentés ont le mérite de montrer l’urgence de la situation et l’ampleur potentielle des dégâts si l’on ne fait rien. Tout le monde subira les conséquences de ce changement, directement ou indirectement. En raison de l’inertie du système, les modifications pour les 10 à 20 prochaines années sont déjà déterminées. La seule solution réside dans la réussite de l’objectif zéro émission nette de GES rapidement.

Site web
https://www.mckinsey.com/~/media/McKinsey/Business%20Functions/Sustainability/Our%20Insights/Climate%20risk%20and%20response%20Physical%20hazards%20and%20socioeconomic%20impacts/MGI-Climate-risk-and-r