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À contro courants. Trois controverses décryptées à travers le prisme de trois disciplines

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À contro courants. Trois controverses décryptées à travers le prisme de trois disciplines
COLLECTIF , « À contro courants. Trois controverses décryptées à travers le prisme de trois disciplines », École du management et de l’innovation de Sciences Po / Design fiction club, 2019.

C’est au Point Éphémère qu’a eu lieu mardi 23 avril 2019 « À contro courants », le dernier rendez-vous mensuel du Design fiction club créé en 2017 par les designers Max Mollon et Welid Labidi, habituellement hébergé à la Gaîté lyrique. Ouverts à tous, ces événements ont pour ambition de familiariser les participants à l’usage du design pour stimuler les imaginaires du futur, ainsi que de les inciter à débattre de sujets de société et d’avenir.

En mettant en scène trois grandes controverses, « À contro courants » reprend bien cette formule mais sous un format inédit. La soirée est cette fois principalement organisée par les étudiants du master « Innovation et transformation numérique » de Sciences Po. Max Mollon, ainsi que Stéphanie Coiffier et Orélie Desfriches Doria y coordonnent le cours « Controverses contemporaines », qui allie respectivement trois disciplines : design fiction, théorie des imaginaires et cartographie numérique des controverses. Pensée sous un format de « kermesse », la rencontre se veut festive, participative et fait alterner temps de découverte des travaux des étudiants et débats sur les thématiques retenues.

Ces dernières brassent large, la session est pour le moins ambitieuse. La soirée commence, les participants déambulent entre trois stands qui présentent les problématiques : éducation d’abord, croissance économique et développement urbain ensuite, et enfin spiritualité et écologie. Accueillis par les responsables de chaque projet, ils y découvrent les multiples techniques mises en œuvre pour explorer l’avenir de ces sujets. Les trois disciplines ont été mobilisées pour analyser ces controverses. Elles ont permis de produire, entre autres, des cartes numériques et interactives des réseaux d’acteurs et de leurs discours, un jeu de sept familles des divinités écologiques tirées de diverses civilisations, ou encore des artefacts du futur tels que des couvertures fictives de journaux. L’exposition regorge de richesses qu’il est frustrant de ne pouvoir explorer davantage.

Car déjà, le gong sonne et il est temps de se rassembler pour débattre tous ensemble. Les échanges débutent avec l’École 43, tout droit venue de 2029, proposant un nouveau modèle d’acquisition des compétences pour les lycéens, « sans cours, sans notes et sans professeurs », favorisant l’apprentissage de pair à pair et la fluidité des savoir-faire. Les étudiants jouent leur rôle avec sérieux, l’un est responsable des relations publiques de l’école, l’autre s’occupe du programme éducatif. Le public se prend au jeu également et réagit en se projetant lui aussi en 2029. Les échanges sont vifs, nourris, le sujet attise le débat : pour certains le numérique doit effectivement être au cœur des nouveaux modes de formation, pour d’autres il ne faut pas oublier l’importance des connaissances théoriques ; certains s’inquiètent des risques d’exclusion. Il aurait été possible de creuser encore, mais il faut déjà laisser la place aux autres controverses.

Tout s’enchaîne rapidement, donc, avec un débat à la croisée du développement territorial, de l’économie et des enjeux environnementaux, centré sur le triangle de Gonesse, lieu qui devait accueillir, au nord de Paris, EuropaCity, un centre commercial-parc d’attraction aux ambitions démesurées. Cette controverse oppose société de consommation et de loisirs d’un côté, écologie et frugalisme de l’autre. La discussion a plus de mal à prendre, l’approche retenue offre moins d’espace pour proposer des alternatives. On notera toutefois la présentation par une start-up fictive de son application qui permettrait de dépasser les deux camps de la controverse en régulant les productions individuelles de carbone, faisant de ce dernier une nouvelle monnaie d’échange. Si l’idée se veut provocante, en défendant la possibilité d’une croissance verte résolument libérale et capitaliste, elle ne parvient pas à stimuler le public, peut-être par manque de scénarisation.

La soirée se termine sur un sujet aussi riche que complexe puisque les étudiants proposent de questionner le rôle que peut jouer la spiritualité dans la lutte écologique. Pour illustrer leur propos, ils mobilisent la biographie d’un prêtre imaginaire qui aurait bouleversé, dans les années 2020, la doxa de l’Église catholique en fédérant autour de lui une nouvelle population de fidèles. Unis par leur amour de la nature, ces derniers défendent un catholicisme non anthropocentré, allant jusqu’à exiger l’arrêt de toute reproduction humaine pour préserver l’environnement. Solide, le scénario permet de se questionner de manière originale sur les motivations qui pourraient résoudre cette « crise de la rationalité » qui nous empêche d’agir de manière significative pour enrayer le changement climatique. Et si un retour massif à la religion, à des croyances fortes et transcendantes pouvait susciter un véritable déclic et un changement de régime à l’échelle mondiale ?

Après près de quatre heures d’échanges, de partages et de débats, la séance se termine. Ceux qui souhaitent approfondir et ceux qui auraient envie de découvrir pourront retrouver les matériaux de l’événement sur le site du master très prochainement.

Site web
https://www.sciencespo.fr/evenements/?event=a-contro-courants

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