Note de veille

Population - Société, modes de vie

Vers une stabilisation des recompositions familiales ?

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Pour la première fois depuis plusieurs décennies, la part de familles recomposées [1] dans la population s’est stabilisée en France. L’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) a en effet comptabilisé 723 000 familles de ce type en 2019, soit 9 % de l’ensemble des familles. La proportion est identique à celle de 2011. La part d’enfants vivant dans une famille recomposée, qui avait plus que doublé entre le milieu des années 1980 et le début des années 2010, de 5 % à 11 %, s’est elle aussi stabilisée entre 2011 et 2019, autour de 11 %.

Dans quel type de famille vivent les enfants en France ?

Source : INSEE, données 2019. © Centre d’observation de la société.

Cette évolution peut être la conséquence d’un plafonnement des séparations après plusieurs décennies de progression, même si ceci est difficile à mesurer puisqu’on ne comptabilise pas les ruptures d’union libre. Elle peut résulter aussi du fait que les parents de famille monoparentale — surtout des femmes — se remettent moins souvent en couple qu’auparavant. Pour l’heure, ce type de famille continue à progresser : la proportion de familles monoparentales dans l’ensemble des familles est passée de 9,4 % à 25 % entre 1975 et 2017, selon les données du recensement de l’INSEE. Bref, il est bien sûr trop tôt pour conclure à la fin d’une période longue, des années 1960 à 2010, de bouleversements de l’organisation de la famille.

Part d’enfants vivant dans une famille recomposée en France (en %)

Source : INSEE et INED (Institut national d’études démographiques). Ces données sont des ordres de grandeur du fait de l’utilisation d’enquêtes différentes. © Centre d’observation de la société.

Au total, ces familles recomposées — formées d’un couple et d’au moins un enfant issu d’une union précédente — rassemblent 1,5 million d’enfants alors que 3 millions vivent dans une famille monoparentale et 9,5 millions dans une famille dite traditionnelle. Elles sont à géométrie variable. La moitié des familles recomposées ne compte pas d’enfants du couple lui-même, mais uniquement des enfants d’unions précédentes. Dans 44 % des cas, il s’agit d’un couple avec seulement un ou des enfants de l’une des unions précédentes, dans 8 % des cas des enfants de chacun des deux conjoints. L’autre moitié comprend des enfants du couple, essentiellement avec au moins un enfant d’un seul des conjoints (46 %) et beaucoup plus rarement d’enfants des deux conjoints (2 %). Les beaux-parents qui vivent avec des enfants de leur conjoint sont aux trois quarts des beaux-pères. Ceci est lié au fait qu’après une séparation, les enfants habitent plus souvent avec leur mère, et donc plus souvent aussi avec un beau-père. Les enfants qui résident avec leur père et une belle-mère sont moins nombreux. Au total, les enfants vivant dans une famille recomposée [2] sont à 45 % des enfants qui vivent avec leur mère et un beau-père, 18 % avec leur père et une belle-mère, et pour 36 % des enfants du couple qui vivent avec leurs deux parents, ainsi qu’avec des demi-frères ou demi-sœurs d’une précédente union.

Composition des familles recomposées

Source : INSEE, données 2019.

Ce maintien dans le temps de la part de familles recomposées va-t-il se confirmer à l’avenir ? Entrons-nous dans une nouvelle phase plus globale de stabilisation des formes de la famille, que reflèterait cette stagnation de la part d’enfants vivant dans une famille recomposée. Nous n’en sommes sans doute pas encore là, comme on le voit avec la poursuite de la hausse de la part de familles monoparentales. On peut néanmoins imaginer deux scénarios. Soit des couples parentaux deviennent hyperflexibles, se rompent de manière encore plus précoce pour se reformer ensuite, ce qui conduirait à nouveau à une progression de la part de familles recomposées. Soit on assiste à un plafonnement des ruptures et, au bout du compte, des recompositions. Les deux hypothèses sont difficiles à départager compte tenu du manque de données concernant les couples vivant en union libre, mais, pour l’heure, c’est plutôt le scénario de la stabilité qui semble se dessiner.

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Source :
cette note est issue d’un partenariat avec le Centre d’observation de la société (http://www.observationsociete.fr/).



[1] Une famille est dite recomposée quand elle comprend au moins un enfant et un beau-parent.

[2] Les enfants sont comptabilisés au lieu de résidence où ils passent le plus de temps. En cas de garde alternée de même durée, ils sont comptés dans le logement où ils se trouvent à une date de référence.

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