Note de veille

Société, modes de vie - Territoires, réseaux

Vers une application unique d’offre de transport ?

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En Finlande, l’application mobile Whim permet aux voyageurs de planifier, réserver et payer leurs trajets à travers différents opérateurs de transport. Cette start-up pourrait bien être un précurseur de la MaaS (Mobility as a Service) dont on parle depuis déjà plusieurs années.

En 2011, l’un des constats de l’étude prospective sur la mobilité dans les villes moyennes réalisée par Futuribles International était que les villes françaises avaient presque toutes déjà investi et opté pour une offre variée de transport partagé, mais que la création d’un accès unique (via un site ou une application) permettant de choisir en comparant, ou d’enchaîner les modes de transport avec un paiement unique, aurait très fortement simplifié le quotidien des utilisateurs. L’une des conclusions de cette étude était alors que l’enjeu n’était pas tant technique (la création d’une telle application est et était tout à fait possible) que commercial. En effet, pour les acteurs du transport, les données des clients sont une denrée — précieuse ou stratégique — que la concurrence entre eux empêche de mutualiser.

En France, et plus particulièrement en Bretagne, la carte KorriGo a été précurseur de l’intégration de systèmes d’information (tous les transports publics régionaux et des différentes agglomérations) dès 2010. Depuis, d’autres expérimentations de plates-formes multimodales ont vu le jour : Transdev, filiale de la Caisse des dépôts, a lancé, avec l’agglomération de Mulhouse, un compte mobilité qui associe transports en commun, parkings, vélos et auto-partage. On peut également citer Keolis, filiale de la SNCF, qui fait de même à Dijon, ou la RATP qui fournit à Annemasse un service qui intègre les informations sur les transports publics de Genève, métropole de proximité [1].

L’innovation vient aujourd’hui de Finlande : une start-up créée en 2014, nommée Whim, permet, à Helsinki, de prévoir, réserver et payer le bus, les tramways, les trains locaux, un vélo partagé, un taxi ou une voiture de location. Le paiement est à l’acte ou par abonnement mensuel de tarif variable suivant les services. Les différentes options s’affichent sur le plan de la ville, et selon son choix un taxi est directement appelé ou le ticket de bus acheté et téléchargé. Mais l’innovation n’a été possible que parce que la loi finlandaise a obligé les opérateurs de transport à ouvrir leurs systèmes d’information et de paiement à des acteurs privés.


© Whim

L’enjeu est, ici, plus important qu’il y paraît. Les géants du numérique sont avides d’agréger les offres et d’être le portail unique sur ce segment. La ville de Londres a d’ailleurs fait les frais de cette politique : les transports de l’agglomération du Grand Londres ont passé un accord avec Mastercard pour permettre le paiement sans contact il y a plus de deux ans. En février 2019, Mastercard s’est allié à Citymapper pour offrir des abonnements aux transports londoniens à prix cassé par rapport au prix des transports publics. Cette offre, à perte pour Citymapper, doit être rentabilisée par des services annexes, comme le transport à la demande en minibus partagés, proposés par cette même entreprise.

Une alternative au modèle finlandais aurait pu être d’obliger les acteurs privés à ouvrir leurs systèmes d’information et de paiement à un site de gestion public pour garantir la protection des données. C’est d’ailleurs en ce sens que les sénateurs français avaient modifié la loi LOM (Loi d’orientation des mobilités), initialement proche du modèle finlandais. Le texte de projet de loi, adopté le 17 septembre 2019 à l’Assemblée nationale, délègue finalement la question aux collectivités locales.

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Objectif Loi mobilités : 100 % des transports accessibles en un seul clic

« La Loi mobilités prévoit que toutes les informations sur les offres disponibles en temps réel seront rendues publiques et mises à disposition, d’ici fin 2021 au plus tard, des collectivités et des start-ups, pour développer des applications et des services innovants regroupant toutes les informations utiles pour les voyageurs : horaires des bus, véhicules en libre-service disponibles à proximité, tarifs, etc.

Ces données rassemblées en une même application permettront à la fois de faciliter son trajet, de mieux connaître l’offre disponible et de combiner plusieurs solutions pour son déplacement (vélo-train-bus, par exemple) avec un seul titre de transport “porte-à-porte” (appelé Mobility as a Service). »

Source : https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/projet-loi-mobilites (partie « Accélérer la révolution des nouvelles mobilités »).
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L’enjeu de l’information et de la billettique, c’est aussi l’enjeu de la relation client. Qui la centralisera par les systèmes d’information ? Qui détiendra les données du nombre de déplacements et des origines / destinations des déplacements pour connaître les usages et les besoins, les goulets d’étranglement, etc. ? Il semble difficile pour les collectivités locales de tout déléguer à des opérateurs quand la donnée est nécessaire pour réguler ou développer l’offre en fonction des besoins.



[1]Georges Benoît, « Les espoirs et défis du “Mobility as a Service” », Les Échos, 16 avril 2019.

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Cet article est en accès libre jusqu'au 14/12/2019. Devenez membre pour accéder à l'ensemble des productions de l'association.

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