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Économie, emploi

Une réindustrialisation de la France en 2050 ?

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Depuis plusieurs années déjà, des experts s’inquiètent des risques que fait courir à la France sa « désindustrialisation », et la crise sanitaire provoquée par la Covid-19 a d’ailleurs mis en évidence la dépendance du pays vis-à-vis d’importations de produits chimiques de base indispensables à la production de médicaments. Dans un dossier, « À quoi ressemblerait une France autonome et réindustrialisée », publié dans la revue Usbek & Rica, en coopération avec la Fabrique de l’industrie, l’économiste Pierre Veltz rappelle que le phénomène n’est pas nouveau puisque l’industrie française représentait 25 % du produit intérieur brut au début des années 1970, mais 12,5 % en 2020 ; la délocalisation n’explique pas tout car le secteur a réalisé d’importants gains de productivité.

La relocalisation industrielle étant à l’ordre du jour, on peut s’interroger sur ce que pourrait être une France plus autonome et plus industrialisée. Aussi pour l’imaginer, Pierre Veltz se livre-t-il à un exercice de prospective en proposant trois scénarios à l’horizon 2050 :

• Le premier envisage une industrie française exportatrice, calquée sur le modèle allemand. Les progrès de la robotique ont permis aux entreprises de relocaliser une partie de leur production sur le sol français et d’exporter, tout en se spécialisant dans des secteurs d’excellence comme le textile, l’électroménager et la voiture électrique. Mais ce modèle a des limites car des secteurs stratégiques comme les microprocesseurs, le cloud ou la 6G seraient négligés ; il ne permettrait pas à la France d’assurer son autonomie.

• L’auteur envisage alors un deuxième scénario, « Le retour en force de l’État-stratège », dont un Haut-Commissariat au Plan serait le fer de lance. Celui-ci engage la production à grande échelle de microprocesseurs (et de semi-conducteurs, indispensables à l’industrie automobile) à Grenoble et sur le plateau de Saclay, ainsi qu’une industrie des énergies renouvelables, et il relance le nucléaire. Cette action est complétée par une réforme du système éducatif. Malgré quelques échecs, la France retrouve une certaine autonomie.

• Le troisième scenario, « La France championne de l’usine connectée », est plus « soft », la réindustrialisation se met en route sous l’impulsion de nouvelles technologies avec une production locale combinant utilisation de logiciels, de la 6G et de l’impression 3D : l’ingénierie est gérée directement dans le cloud, les pièces d’un objet étant fabriquées sur place. Revers de la médaille : ce modèle est très énergivore. La France ne peut pas tout produire et son autonomie n’est garantie que par une coopération avec des partenaires européens.

L’intérêt de cet exercice est de montrer qu’il existe plusieurs modèles industriels possibles [1].



[1]Voir aussi Veltz Pierre, « Bifurcation écologique et économie désirable », Futuribles, n° 447, mars-avril 2022, p. 5-20.