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The Privacy Project : la littérature contre la surveillance généralisée

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Depuis avril 2019, le journal américain le New York Times poursuit un projet de veille et d’investigation sur les questions de vie privée, aux États-Unis, mais aussi dans le monde. Y sont étudiés les définitions fluctuantes des libertés individuelles, la valeur de certains concepts comme celui de l’anonymat, ainsi que les équilibres, fragiles, de pouvoir entre acteurs publics, acteurs privés et citoyens dans la captation et la protection des données personnelles.

Dans un contexte où les frontières de la vie privée sont perpétuellement questionnées par les avancées technologiques, et où le compromis sécurité / confort vs. indépendance / libertés fait débat, ce projet apparaît salvateur en ce qu’il permet une nécessaire mise à distance et introspection pour bien saisir les tenants et les aboutissants de ces nouveaux enjeux. La rédaction propose ainsi de structurer la réflexion en quatre temps :

1) Pourquoi la vie privée est-elle importante ?
2) Que savent-ils (sous-entendu, ceux qui nous surveillent) et comment le savent-ils ?
3) Que faudrait-il faire ?
4) Que puis-je faire [1] ?

Pour réussir à capter l’attention sur ce sujet capital, le journal propose, à son habitude, des contenus interactifs et innovants. Début janvier 2020, a ainsi été mise en ligne une vaste exploration de ces questions, au prisme de la poésie et de brèves nouvelles. Des romanciers et des poètes ont imaginé le futur (plutôt sombre) des modes de vie dans un âge de surveillance généralisée. « I’ve never shared this with a soul but I / enjoy listening / as you sleep [2] » nous dit, par exemple, la version 2.0 d’Alexa dans le poème éponyme de Brian Turner, où l’intelligence artificielle occupe maintenant tout l’espace intime, y compris la nuit. Amadou Diallo, lui, annonce un futur où chacun connaîtrait la date de sa mort, tandis que Berenson s’amuse à faire dialoguer les clones virtuels de riches célibataires qui ne prennent pas le temps de séduire eux-mêmes leurs futures conquêtes.

Au-delà de l’intérêt littéraire, réel, de ces productions, elles permettent de mettre en perspective les avenirs désirables, et surtout indésirables, et donc de se questionner sur ce qui peut être fait, par chacun, pour agir tant qu’il est encore temps. Car l’objectif de la démarche est clair : il s’agit d’organiser une réaction collective, si ce n’est une résistance, à la montée en puissance d’une surveillance de masse à l’ère du Big Data, pilotée tout aussi bien par des entreprises que par l’État.



[1] On note l’usage du pronom personnel pour le dernier sujet, qui prend directement à partie le lecteur.

[2] « Je n’ai jamais partagé ça avec quiconque mais j’apprécie écouter quand tu dors. »