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Prédictions 2020-2030 : les années folles ?

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Forbes, Ispos, Wired, ou encore divers experts et « futurologues » sur Medium s’attachent à communiquer régulièrement leurs visions des tendances ou ruptures majeures à venir dans le monde, un pays ou un secteur d’activités en particulier. Avec l’entrée dans l’année 2020, ces mêmes commentateurs ont proposé une prospective plus globale des grands enjeux internationaux dans la décennie à venir. Voici un bref compte-rendu des faits porteurs d’avenir les plus marquants relevés dans ces documents.

Vie publique, répartition des pouvoirs et démocratie

— Ipsos, Wired, ou encore la Deutsche Bank mentionnent les transformations des systèmes politiques comme faisant partie des évolutions majeures de la prochaine décennie.

— Parmi les éléments soulignés, on retrouve en particulier des inquiétudes autour de la protection de la vie privée dans des États de plus en plus en mesure de surveiller leurs citoyens, comme la Chine, souvent prise comme (mauvais) exemple dans ce domaine, ce qui ne doit pas masquer l’importance de cette tendance dans une multitude d’autres pays.

— Ipsos s’interroge aussi sur le modèle de vie collective qui prédominera dans les prochaines années en s’appuyant sur deux tendances contradictoires : d’un côté l’appétence des populations pour un communautarisme replié sur soi et égoïste, de l’autre la montée d’activismes engagés pour la sauvegarde de modèles sociaux ou la protection de la planète. Alors en 2030, tous survivalistes ou gilets jaunes ?

— Quant à la Deutsche Bank, elle note le retour des syndicats sur la scène politique, qui pourraient reprendre du poids notamment dans l’équilibre des rapports de forces entre grandes entreprises du numérique et travailleurs indépendants.

Environnement

— Évidemment, les défis liés au changement climatique devraient s’accentuer au cours de la décennie 2020-2030, et les incendies en Australie qui ont marqué l’entrée en 2020, en ont montré les enjeux. L’Organisation des Nations unies annonçait en octobre 2018 qu’il faudrait avoir réduit les émissions de gaz à effet de serre de moitié d’ici 2030 pour éviter le pire scénario du réchauffement climatique. Or, la quantité de gaz à effet de serre relâchée dans l’atmosphère continue à augmenter pour le moment, ce qui n’augure rien de bon en termes de multiplication des catastrophes et de hausse des températures, avec tout ce que cela engendre comme conséquences…

— Par ailleurs, il ne sera toutefois pas impossible de voir émerger de grandes révolutions dans les technologies (notamment d’édition des gènes) et dans la structuration des marchés agroalimentaires, qui permettront de faire face à ces nouveaux enjeux. Le prospectiviste Peter Corbett sur Medium mentionne par exemple la production de viande en laboratoire et les diverses alternatives alimentaires protéinées, comme ruptures majeures à venir d’ici 2030.

Les ressources énergétiques

— Directement liée à la question du réchauffement climatique, la question de l’approvisionnement énergétique apparaît centrale pour les 10 prochaines années.

— Si certains commentateurs prédisent la montée en puissance de l’automobile électrique, plusieurs notent que, malgré l’usage croissant d’éoliennes ou d’énergie solaire, la consommation mondiale d’énergie fossile n’a cessé d’augmenter et devrait continuer à augmenter, notamment en raison de l’explosion des marchés indien et chinois.

— Face à ces enjeux, Wired rappelle que le nucléaire est considéré à ce jour comme une des meilleures réponses, malgré la quantité de questionnements qu’il soulève.

Santé

— Il devrait aussi y avoir de grandes évolutions dans le domaine de la santé, notamment en raison du vieillissement démographique, tendance lourde à l’échelle mondiale, dont les répercussions seront importantes sur les systèmes de santé et les services à pourvoir.

— Ces systèmes de santé sont eux-mêmes susceptibles d’évoluer, sous l’influence de tendances déjà observées dans le domaine du transport ou du commerce. La libéralisation du marché de la santé pourrait en effet découler de la multiplication d’initiatives privées proposant des offres de santé à prix concurrentiel, définies de manière de plus en plus individualisées. En revanche, une telle évolution aurait un impact majeur sur les systèmes de sécurité sociale plus solidaires.

— Enfin, la prévalence des troubles mentaux, l’instabilité psychique des populations, l’apparition de nouvelles détresses psychologiques comme l’éco-anxiété font partie des tendances importantes des prochaines années, ainsi que la place que l’on accorde au bien-être au travail.

Économie

Ispos s’interroge sur la possibilité d’un nouveau krach boursier d’ici 2030.

Nouvelles technologies

— Évidemment, la liste des technologies de rupture pour 2020-2030 pourrait être longue, d’autant plus si l’on recense les innovations célébrées par les plus fervents défenseurs du solutionnisme technologique.

— Toutefois, parmi celles qui apparaissent comme les plus probables ou les plus susceptibles de changer la donne, on trouve le développement des drones à usage civil, l’accès à un ordinateur quantique fonctionnel et les implications politiques, commerciales, stratégiques que cela suppose, les progrès en génétique (dans la santé en particulier), et les questions que cela pose notamment en termes de nouveaux risques de surveillance abusive des individus.

Évolutions régionales : Chine, Inde, Union européenne…

— Les commentateurs ont peu de certitudes dans ce domaine, mais beaucoup de questionnements.

— Les Chinois vont-ils prendre une place de leader sur les marchés mondiaux, à la fois en tant que producteurs et consommateurs ? Vont-ils orienter l’offre et la demande ?

— Qu’en est-il de l’Inde ? Va-t-elle voir son économie croître, ou bien pourrait-elle s’effondrer politiquement, avec toutes les conséquences de déstabilisation régionale que cela impliquerait ?

— L’Union européenne, enfin, a la possibilité de se ressaisir économiquement et politiquement, mais pourrait aussi s’enfoncer dans sa tendance à se retirer des affaires internationales.

Les inclassables : des ruptures à fort impact ?

Selon Wired, la NASA (National Aeronautics and Space Administration) pourrait tout à fait avoir une base lunaire d’ici 2030.

— Quant à la Deutsche Bank, elle suggère des évolutions majeures dans les formations universitaires avec un retour marqué des langues et de la philosophie, en réaction contre l’intelligence artificielle, l’automatisation de certains emplois mais aussi les nouveaux besoins en définition de normes éthiques pour la décennie à venir.

Quoi qu’il arrive, il est aussi probable que certains événements de la prochaine décennie soient aussi inattendus que ceux des décennies passées. Tout comme le 11 septembre ou l’élection de Barack Obama puis Donald Trump ont surpris le monde entre 2000 et 2020, de même des ruptures sans précédent pourraient avoir lieu d’ici à 2030. Pour les explorer, Futuribles travaille d’ailleurs à en recenser et à en détailler une partie dans son prochain Rapport Vigie à paraître mi-2020.