Note de veille

Ressources naturelles, énergie, environnement - Santé

Pollution, réchauffement climatique : des conséquences inattendues

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Fin avril 2019, plusieurs départements de Bretagne sont placés en alerte rouge, pour cause de pollution de l’air aux particules fines. Classées comme cancérigènes pour l’homme depuis 2013 par le Centre international de la recherche sur le cancer, ces particules seraient responsables de la mort de 1,3 million de personnes dans le monde, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), dans les pays émergents comme dans les pays développés. Cela en fait la source de pollution la plus dangereuse pour l’organisme humain. Plus généralement, les citadins des villes polluées sont plus susceptibles de souffrir de problèmes respiratoires, de cardiopathie ou de cancer du poumon que ceux vivant dans des villes où l’air est plus propre. Or d’ici 2050, 68 % de la population mondiale devrait résider dans une zone urbaine, d’après les Nations unies. Et d’après l’OMS encore, 9 individus sur 10 respirent fréquemment de l’air dangereusement pollué.

Si ces conséquences de la pollution de l’air sont bien connues, d’autres pourraient avoir été occultées ou sous-estimées. En effet, plusieurs enquêtes ont permis de mettre en lumière des corrélations troublantes et inattendues. Dans le domaine de la santé, deux équipes de chercheurs, américaine et canadienne, ont par exemple identifié une relation probable entre la pollution de l’air et les risques d’obésité. Testée en laboratoire, mais aussi sur 62 000 personnes sur une période de 14 ans, cette hypothèse décrit comment la fixation de particules fines sur les poumons, mais aussi sur les tissus des organes, perturbe suffisamment le métabolisme pour modifier les taux d’insuline et la tension, ainsi que la sensation de satiété, ce qui pourrait donc favoriser le diabète et la prise de poids. Une autre étude a, elle, montré que les pics de pollution de l’air pouvaient avoir un rôle dans l’occurrence des vertiges paroxystiques [1] liés à une altération de l’oreille interne.

Outre ces effets physiques, la pollution de l’air aurait aussi un impact négatif sur le bon fonctionnement du cerveau humain. Plusieurs expérimentations s’accordent sur le lien entre exposition importante à la pollution et affections neuronales graves. Les polluants agiraient sur les structures cérébrales, jusqu’à les endommager durablement, notamment chez le fœtus. Une étude datant de 2018, conduite au King’s College de Londres, fait état d’une corrélation probable entre épisodes psychotiques, paranoïa et absorption de particules fines, chez les adolescents soumis à de hauts niveaux de pollution. Plus largement, en juillet 2018, un article paru dans Nature montre qu’il semblerait y avoir une corrélation entre l’augmentation de la température et le taux de suicide, aux États-Unis et au Mexique. Pour appuyer cette démonstration, une analyse de plus de 600 millions d’interactions sur les réseaux sociaux permet aux chercheurs de suggérer que le bien-être psychologique se détériore lors de périodes plus chaudes. Les auteurs de l’étude prédisent donc une augmentation significative de la proportion des suicides dans les années à venir dans ces deux pays si rien n’est fait contre le changement climatique.

D’autres études corroborent ces résultats. Ainsi, des chercheurs israéliens ont mis en évidence un lien entre qualité de l’air et résultats scolaires, suggérant que les enfants vivant dans des zones très polluées étaient moins performants à l’école que leurs pairs plus protégés. Plus inquiétant encore, la pollution pourrait avoir un impact sur les taux de criminalité. Une équipe de la London School of Economics et une de l’université de Californie du Sud ont en effet démontré un lien entre pics de pollution et augmentation des crimes de gravité moyenne. Ils expliquent cette corrélation par la modification des taux de cortisol, l’hormone du stress, observée chez les personnes les plus soumises à la pollution. Là aussi, à un niveau plus large, plusieurs autres études ont fait le lien entre températures élevées et conflits armés, suggérant une augmentation de la violence dans les zones les plus chaudes, indépendamment des contraintes matérielles (diminution des ressources agricoles, accès à l’eau) que peut générer ce climat plus chaud. Les variations de température pourraient donc jouer sur la propension individuelle à la violence.

Bien entendu, ces résultats sont encore à prendre avec précaution. Ils nécessitent d’être consolidés par des expérimentations complémentaires, notamment pour s’assurer que d’autres facteurs, particulièrement socio-économiques, ne sont pas les causes véritables de certaines de ces situations. Les personnes défavorisées vivent souvent dans les environnements les plus dégradés, ce qui pourrait aussi expliquer ces corrélations. Il ne s’agit pas non plus d’exclure tous les autres facteurs explicatifs et de tomber dans un déterminisme abusif et discriminant. Toutefois, de tels travaux encouragent à croiser les disciplines de recherche pour enrichir la compréhension des enjeux liés à l’environnement, pluriels et multidimensionnels.



[1] Sensations de déséquilibre, de rotation de l’environnement dont les causes peuvent être multiples (tumeur sur le nerf auditif, chute, sclérose en plaques) et qui adviennent par crises.

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Cet article est en accès libre jusqu'au 22/08/2019. Devenez membre pour accéder à l'ensemble des productions de l'association.

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