Note de veille

Éducation - Population

L’espérance de scolarisation remonte lentement en France

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Vingt ans et demi pour les filles et vingt ans pour les garçons en moyenne : c’est « l’espérance de scolarisation » en France, soit l’âge moyen théorique auquel on sortirait de l’école si l’on appliquait les taux de scolarisation par âge de 2017 selon le ministère de l’Éducation [1]. Cette espérance est aujourd’hui à peu près du niveau du milieu des années 1990. Le processus d’allongement des scolarités a eu lieu des années 1960 au milieu des années 1990. Rien qu’entre 1985 et 1995, l’espérance de scolarisation avait augmenté de deux ans. Elle a diminué de six mois par la suite, puis s’est stabilisée à la fin des années 2000.

Espérance de scolarisation à l’âge de deux ans en France (en années)

Source : INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques). © Centre d’observation de la société.

À partir du milieu des années 1990, deux phénomènes se sont conjugués pour ralentir la progression de l’espérance de scolarisation. D’une part, le redoublement ayant fait preuve de son inefficacité, il a été beaucoup moins utilisé [2] (environ 2 % des élèves redoublent le CP [cours préparatoire] contre plus de 15 % dans les années 1970, par exemple). Cela a réduit mécaniquement le nombre d’années passées à l’école. D’autre part, la France a ralenti l’effort de développement de son système d’éducation alors que les dépenses avaient dans ce domaine fortement progressé jusqu’au milieu des années 1990. Il faut dire que dans les années 1960-1970, le pays était particulièrement en retard.

Les années récentes sont pourtant marquées par des signes plutôt positifs. L’accès au bac progresse à nouveau depuis la fin des années 2000, du fait du bac professionnel d’abord, mais aussi du bac général. La part de sortants sans diplôme a diminué dans les années 2010. Entre 2008 et 2018, le nombre d’étudiants a augmenté de 20 % (de 2,22 à 2,68 millions), bien plus que la population de cette classe d’âge. L’espérance de scolarisation a légèrement augmenté de 2012 à 2016 (+ 0,2 année). Ce phénomène n’est pas comparable au mouvement des décennies 1970 à 1990, mais il va plutôt dans le bon sens.

Cette croissance récente ne doit pas être surinterprétée : beaucoup reste à faire. Tout d’abord, parmi les jeunes qui ont terminé leur parcours scolaire [3], il ne faut pas oublier que — même si cette proportion diminue — 55 % n’ont pas fait d’études supérieures : 13 % n’ont aucun diplôme, 11 % possèdent un CAP (certificat d’aptitude professionnelle), BEP (brevet d’études professionnelles) ou équivalent, 15 % un bac technologique ou général, et 17 % un bac professionnel. Parmi les 45 % de diplômés de l’enseignement supérieur, 15 % ont un bac + 2 ; 9 % un niveau licence ; et 21 % un niveau master 2 ou grande école. La jeunesse étudiante reste donc minoritaire.

Répartition des sortants du système scolaire par niveau de diplôme

Source : INSEE, moyenne 2015-2017. © Centre d’observation de la société.

Ensuite, la timide hausse observée ces dernières années est sans commune mesure avec les phases d’essor des scolarités que la France a pu enregistrer dans les années 1970 et 1980. Le pays ne fait plus de l’école l’une de ses priorités. Une note récente du ministère de l’Éducation indique que la dépense intérieure d’éducation rapportée au produit intérieur brut (PIB), soit l’« effort éducatif », stagne depuis 15 ans [4] — ce qui semble un moindre mal après avoir fortement baissé entre le milieu des années 1990 et le milieu des années 2000. Même si l’argent ne fait pas tout, cette stagnation est de très mauvais augure, pour les nouvelles générations, mais aussi pour la performance du pays à long terme.

La remontée de l’espérance de scolarisation annonce-t-elle l’amorce d’un retournement ? Il est bien trop tôt pour le dire : pour cela, il faudrait un choix politique fort. Elle peut tout autant n’être qu’un éphémère signal dans une société qui se contenterait de former les plus formés et laisserait se développer un système de qualification à deux vitesses.

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Source : cette note est issue d’un partenariat avec le Centre d’observation de la société (http://www.observationsociete.fr/).



[1] Pour la calculer, on applique les taux de scolarisation à chaque âge. Exactement comme l’espérance de vie est une durée de vie théorique, puisque reposant sur les taux de mortalité du moment. Notre graphique présente l’espérance de scolarisation à deux ans, on peut donc approximativement ajouter deux ans pour avoir l’espérance de scolarisation à la naissance.

[2] Faute de disposer d’autres moyens pour assurer le rattrapage des élèves, il peut rester un moindre mal.

[3] On considère qu’une personne a quitté l’école quand elle n’a pas été scolarisée depuis plus d’un an.

[4] Bien entendu, elle progresse en euros constants.

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