Note de veille

Population - Société, modes de vie

Les oubliés des communautés

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Qui sont ces personnes qui vivent en collectivité ? Le plus souvent, elles sont oubliées du débat public. Pourtant 1,34 million personnes vivent en France dans une « communauté », selon les données 2016 de l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques) [1]. Elles représentent 2 % de la population totale ; cela peut paraître peu, mais c’est tout de même l’équivalent de plus de deux fois la ville de Lyon.

Parmi eux, près d’un million (72 % de l’ensemble) vivent dans un service de moyen ou long séjour, ou une maison de retraite. L’INSEE ne fait pas la distinction entre le type de service, mais le ministère des Affaires sociales estime que plus de 700 000 personnes vivent dans une maison de retraite. Les hôpitaux, notamment en psychiatrie, représentent une grande partie des 300 000 restant. Environ 210 000 sont des lycéens ou étudiants qui vivent principalement en résidence universitaire (hors mineurs). Un peu moins de 50 000 militaires sont recensés dans leur caserne ; on compte 27 000 religieux et 67 000 « divers » qui comprennent essentiellement les personnes emprisonnées. Au total, cette population évolue peu : elle était de 1,36 million en 2009.

Source : INSEE, 2016.

Les données du recensement ne comptabilisent pas les mineurs scolarisés qui vivent en internat notamment, ce qui est très discutable : c’est entre 15 et 19 ans que la part de la population vivant en institution est la plus élevée, atteignant 9 %, indiquait une étude de l’INSEE portant sur les données 2009. À l’époque, on comptait 430 000 jeunes en internat, cités universitaires non comprises. La part de la population vivant en communauté baisse ensuite fortement avec l’âge (2 % à l’âge adulte) et remonte pour atteindre 7 % à partir de 80 ans. L’étude de 2009 signalait que les filles étaient un peu moins nombreuses que les garçons à vivre en internat, mais les femmes sont beaucoup plus souvent présentes que les hommes en maison de retraite, du fait notamment de l’écart d’espérance de vie. En revanche, les hommes constituent plus de 80 % des personnes qui vivent dans des foyers de travailleurs, des casernes ou en prison.

Qu’est-ce qui rassemble un jeune interne dans un lycée, un détenu et un nonagénaire en maison de retraite ? Aussi hétéroclite que paraisse cet ensemble, ces personnes ont tout de même des points communs. D’abord le fait de devoir respecter des règles de vie définies par l’institution, parfois très strictes et contrôlées par un personnel spécifique. Leur vie est encadrée. Ensuite, ils occupent un espace individuel réduit (souvent une simple chambre) et ont une mobilité limitée ou contrôlée. Enfin, ils vivent le plus souvent entre personnes d’âges similaires et la présence de la famille ou des amis hors de la communauté est limitée.

Du fait de leur mode de vie différent — et aussi très différent selon la communauté —, ces populations sont régulièrement oubliées du débat public. Ne constituant pas des « ménages » — un ménage est une unité de logement indépendante, c’est donc l’ensemble de la maison de retraite ou de la prison qui constitue le ménage —, elles ne sont, par exemple, pas prises en compte dans l’évaluation annuelle des revenus par l’INSEE, alors qu’il s’agit en moyenne de populations au niveau de vie peu élevé. Nombre de ces personnes ont des revenus modestes : cela signifie donc aussi qu’un grand nombre de personnes pauvres ne sont pas comptabilisées comme telles parce qu’elles vivent dans une communauté.

Difficile de dire comment va évoluer cette population. Le maintien à domicile des personnes âgées tend à la faire diminuer, mais dans les années qui viennent, le vieillissement se fera surtout au grand âge. Entre 2011 et 2015, le nombre de résidents en maison de retraite a augmenté de 5 % (soit 35 000 personnes supplémentaires) ; les effectifs de ce type d'établissements devraient continuer à progresser. L’effectif des cités universitaires dépend de l’allongement des scolarités (qui semble reprendre) et des politiques publiques de construction de logements étudiants, celle-ci faisant l’objet de plans récurrents. La population des personnes vivant en prison progresse, mais elle ne représente qu’une petite part de l’ensemble.

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Source :
cette note est issue d’un partenariat avec le Centre d’observation de la société (http://www.observationsociete.fr/).



[1] Ces données ne comprennent pas les mineurs vivant des établissements hébergeant des élèves ou des étudiants.

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