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La Chine mise sur la voiture électrique à hydrogène

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Après un développement fulgurant de la voiture électrique grâce, en particulier, à une suprématie dans le domaine des batteries au lithium-ion, la Chine s’est donné une priorité plus spécifique, celle de développer ce type de véhicules mais à propulsion hydrogène. Le gouvernement vise 5 000 véhicules à hydrogène en circulation en 2020, 50 000 d’ici 2025 et un million en 2030 [1].

Pour soutenir et faciliter l’utilisation de ces voitures propulsées par ce combustible, elle prévoit un développement accéléré de « corridors de l’hydrogène »dans plusieurs régions, afin de fournir à ces véhicules, et en quantité suffisante, les moyens nécessaires à leur approvisionnement en piles et en combustible.

Il s’agit notamment, pour Pékin, de satisfaire les impératifs écologiquesdu pays. Mais il s’agit aussi de réduirele plus possible sa dépendancevis-à-vis du pétrole importé — pour la production d’énergie, la Chine a déjà commencé à se dispenser du pétrole car elle peut se reposer sur le charbon dont elle regorge et qui alimente 90 % de ses centrales thermiques… au mépris de l’environnement.

Pour cela, il faut mettre en place un nombre suffisant de corridors de l’hydrogène, bien équipés en stations d’avitaillement et répartis sur la plus grande partie possible du territoire chinois. Il faut aussi assurer la sécuritéde tous les véhicules électriques produits en Chine, qu’ils soient équipés de batteries lithium-ion ou de batteries à combustible (hydrogène). Le risque le plus courant est celui d’incendie lors des ravitaillements ou liés au stockage (l’hydrogène n’est pas un combustible sans danger).

Le rapport de travail annuel du gouvernement chinois a été amendé à la mi-mars 2019, pour y inclure l’objectif de promouvoir la construction de stations de recharge pour véhicules à hydrogène. Selon un plan de développement publié le 24 mai 2019 [2], qui fait suite à ce rapport, la Chine envisage de construire, d’ici 2020, quatre corridors de l’hydrogènedans la région du delta du Yangzi Jiang, en utilisant le réseau d’autoroutes et de voies rapides de celle-ci. Ces corridors relieront Shanghai, Suzhou, Nantong, Rugao, Ningbo, Jiaxing, Huzhou et Zhangjiagang, autant de villes qui développent activement leurs industries de véhicules à hydrogène.

Des infrastructures supplémentaires d’hydrogénation devraient être installées et relier les villes de cette même région. Plus de 40 stations d’avitaillement en hydrogène [3]y seront construites entre 2019 et 2021, et relieront les principales autoroutes, notamment celles de Shenyang-Haikou (via Shanghai), Shanghai-Chengdu, Shanghai-Chongqing et Shanghai-Kunming.

Ce projet servira de test ou de zone pilote pour le développement pratique des énergies propres, en particulier pour les énergies à base d’hydrogène. Toutefois, même si ce projet dans la région du delta du Yangzi Jiang a pour but d’offrir des infrastructures d’hydrogénation plus développées que dans le reste du pays, il sera nécessaire de renforcer activement la synergie et la coordination entre les villes du delta afin de favoriser un élan à l’échelon national, et de contribuer ainsi au développement de l’économie de l’hydrogène en Chine.

Wan Gang [4], qui est considéré comme l’un des visionnaires de l’industrie automobile en Chine et le père du mouvement en faveur de la voiture électrique dans ce pays, estime que le plus grand marché de l’automobile dans le monde est désormais prêt à adopter les véhicules à pile à combustible hydrogène. Il précise que le gouvernement engagera les ressources nécessaires pour développer de tels véhicules, qui font partie du plan Made in China 2025, et d’ajouter il y a peu de temps : « Nous devrions envisager d’établir une société de l’hydrogène. » Le gouvernement voudrait un million de véhicules à pile à combustible (à hydrogène de préférence) sur les routes de Chine dans les 10 années à venir. Il prévoit de soutenir cet objectif avec plusieurs centaines de millions de yuans d’investissements dans la R&D et pour subventionner les achats. De plus en plus de start-ups et d’entreprises automobiles et équipementières essaient de capitaliser sur cet engouement.

Selon une estimation, l’agence Bloomberg NEF (New Energy Finance) a relevé un montant d’investissements de plus de 17 milliards d’équivalents dollars US, annoncés dans l’industrie des véhicules à hydrogène en Chine jusqu’en 2023. L’un des plus importants de ces investissements concerne le groupe China National Heavy Duty Truck,qui prévoit de dépenser 7,6 milliards de dollars US pour la fabrication de véhicules électriques à hydrogène dans la province du Shandong, au nord-est de la Chine.

La start-up Mingtian Hydrogen Energy Technology (province de l’Anhui) a reçu, dans les premières années de sa création en 2017 (par Wang Chaoyun, lui aussi, issu du milieu de l’industrie automobile), plus d’un milliard d’équivalents dollars US. Monsieur Wang a prévu d’investir 2,5 milliards de yuans (363 millions de dollars US) dans un parc industriel dans cette même province, dédié à la production de piles à combustible hydrogène et à leurs composants. La première phase de ce complexe est aujourd’hui achevée, vient d’annoncer la société Mingtian Hydrogen, laquelle bénéficie du soutien de l’Académie chinoise des sciences.

Parmi les nombreux concurrents des deux entreprises ci-dessus, nous pouvons citer Sunrise Power Co. à Hangzhou, dans la province du Zhejiang ; Shanghai Shenli Technology Co. ; ou Guangdong Nation-Synergy Hydrogen Power Technology Co., située dans la ville de Yunfu, province du Guangdong)…

Il faudra sans doute plusieurs années avant qu’une « société de l’hydrogène », chère à Wan Gang, s’établisse véritablement en Chine : le gouvernement chinois estime que 5 000 véhicules particuliers et utilitaires à pile à combustible hydrogène devraient circuler sur les routes chinoises en 2020. Mais avec la Chine, on peut s’attendre à bien des surprises…

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Source :
cet article se base sur deux articles, mis à jour et remaniés, parus dans la Lettre confidentielle Asie21-Futuribles (n° 129, juin 2019, et n° 130, juillet-août 2019).



[1] Ce dernier objectif est relativement modeste si on le compare au marché automobile chinois de 28 millions de véhicules vendus en 2018.

[2] Publié par la Société chinoise des ingénieurs de l’automobile (China Society of Automotive Engineers, CSAE).

[3] La Chine en compte environ une quinzaine pour le moment.

[4] Ancien cadre de la firme automobile allemande Audi (années 1990), puis notamment ministre des Sciences et de la Technologie de 2007 à 2018, il est actuellement, l’un des vice-présidents de la CCPC (Conférence consultative du peuple chinois).

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Cet article est en accès libre jusqu'au 1/11/2019. Devenez membre pour accéder à l'ensemble des productions de l'association.

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