Actualité du futur

Recherche, sciences, techniques

Isolement des personnes contaminées, la clef d’un déconfinement réussi

Par

Dans une étude parue le 12 avril 2020, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) étudie plusieurs scénarios de déconfinement. Il s’intéresse au cas spécifique de l’Île-de-France en s’appuyant sur les données des hôpitaux franciliens et estime qu’actuellement 1 % à 6 % de la population francilienne est contaminée. L’étude propose différents scénarios qui combinent divers degrés de confinement et de distanciation sociale avec des mesures de dépistage et de tracking.

Les auteurs combinent les jeux de variables suivants :

- les mesures de confinement et de distanciation sociale : confinement strict des enfants (de 0 % à 100 %), télétravail (de 25 % à 70 %), confinement strict des personnes âgées (de 75 % à 90 %), fermeture des activités non essentielles (de 0 % à 100 %) ;

- la date de fin du confinement total : fin avril, fin mai et fin juin sont envisagés ;

- la capacité à isoler rapidement et totalement les personnes contaminées : de 25 % à 75 % des personnes contaminées isolées.

Quelques résultats :

- Dans un premier temps, il est intéressant de constater que l’étude est parue la veille de l’intervention d’Emmanuel Macron du 13 avril et que, dans tous les scénarios proposés, les écoles restent fermées (c’est le degré de circulation des enfants qui varie).

- Les périodes de confinement strict comme celle que nous vivons actuellement sont efficaces pour réduire le nombre de personnes admises en soins intensifs, elles décalent la diffusion de l’épidémie d’un mois et demi à trois mois, mais si le confinement est levé sans aucune autre mesure, une deuxième vague (aussi importante) que celle que nous avons vécue ces dernières semaines va forcément suivre.

- Dans un scénario de déconfinement dans lequel les écoles resteraient fermées, où 50 % de la population serait en télétravail, où 50 % des activités non essentielles demeureraient à l’arrêt et où les personnes âgées resteraient confinées, la diffusion de l’épidémie serait réduite de 80 % par rapport à un scénario de déconfinement total. Toutefois, les besoins de lits en soins intensifs seraient, au pic de la crise, 10 à 30 fois supérieurs aux capacités pré-crise des hôpitaux (contre 2,5 fois plus élevés dans le cadre d’un confinement strict).

- Pendant une période de confinement strict, une personne contaminée contamine en moyenne 0,68 personne (contre 3 avant la période du confinement) et pour contenir l’épidémie, ce chiffre (appelé taux de reproduction de base) doit être inférieur à 1. Pour que le taux de reproduction de base soit inférieur à 1, il faut que 73 % des cas de contamination soient isolés (c’est-à-dire que les contacts de ces personnes soient réduits de 90 % par rapport à la normale).

- Pour que les besoins en soins intensifs ne dépassent pas la capacité des hôpitaux, il faudrait des mesures de distanciation strictes et être en capacité d’isoler 75 % des personnes contaminées au moins durant le mois suivant le déconfinement. Ensuite, si ce taux était maintenu, il serait possible de réduire largement les mesures de confinement (réouverture de tous les commerces, réduction du télétravail à 25 %). En revanche, si la capacité d’isolement tombe à 50 %, il faudrait jongler entre des périodes de confinement partiel et de relâchement.