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IA et éthique : vers une homogénéisation des pratiques ?

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Après l’Union européenne, l’OCDE, le Forum économique mondial, Microsoft ou encore Telefónica, c’est au tour de la Chine de se positionner dans le champ de l’éthique avec ses principes pour l’intelligence artificielle (IA), rédigés par l’Académie d’intelligence artificielle de Beijing, financée, entre autres, par le ministère des Sciences et Technologies, ainsi que les entreprises Taicent et Baidu. Rendus publics en mai 2019, ces principes reprennent la même terminologie que les autres chartes sur le sujet :
— la recherche en IA doit être ouverte, responsable et transparente ;
— les objectifs, philanthropiques ;
— les moyens, raisonnés et contrôlés.

Ces règles doivent permettre de protéger la vie privée, la dignité, la liberté, l’autonomie et les droits des individus.

L’annonce peut prêter à sourire tant les pratiques chinoises en termes de captation, d’analyse et d’usages de données personnelles grâce à des algorithmes (semi-)autonomes sophistiqués sont publiquement connues et décriées. Pour n’en citer que quelques exemples, la police nationale utilise des lunettes en réalité augmentée pour scanner en temps réel la foule et identifier, grâce à des systèmes de reconnaissance faciale et des algorithmes prédictifs, des individus dangereux ou potentiellement dangereux. Elle se sert aussi de l’IA pour suivre les comportements et les conversations en ligne des citoyens chinois et ainsi leur attribuer un crédit social pouvant affecter leurs droits et leurs libertés. L’État chinois mène, enfin, une politique de répression à l’encontre de l’ethnie musulmane ouïghoure, accusée de déstabiliser la région du Xinjiang et d’être noyautée par des groupes terroristes internationaux. Cette répression repose en grande partie sur l’utilisation de ces technologies pour les repérer et les arrêter.

Toutefois, un tel positionnement intéresse en ce qu’il est révélateur du jeu des marchés internationaux, auquel la Chine n’échappe pas ou plus, si elle souhaite étendre ses activités commerciales hors de son territoire. La publication de ces principes fait écho aux récentes déclarations de Ren Zhengfei, PDG de Huawei. Il assurait en effet qu’il préférait les produits d’Apple aux siens, et que ses enfants n’utilisaient que des iPhones. Plus précisément encore, il célébrait, dans le même discours, la politique de protection des données personnelles de la marque à la pomme, l’érigeant comme son modèle pour améliorer ses propres appareils.

Ces principes éthiques et ces déclarations relèvent-ils de stratégies de communication, en réaction aux menaces des États-Unis de fermer leurs frontières à toutes les technologies chinoises trop invasives, comme celles vendues par Hikvision et Dahua Technology ? Ou sont-elles les marqueurs d’une véritable évolution de la Chine, qui préfère s’accorder aux règles mises en place par d’autres pays, plutôt que de perdre de nouveaux marchés ? Ces annonces semblent effectivement prouver qu’il n’est pas possible, même à la grande puissance économique qu’est la Chine, de s’extraire totalement et sans conséquences des régulations mises en place par les autres pays. La République populaire (et ses entreprises) doit montrer patte blanche si elle souhaite conquérir le cœur des dirigeants étrangers, et de nouveaux clients. Une segmentation des pratiques commerciales mondiales sur la base de réglementations éthiques régionales ou nationales serait alors une crainte prématurée.

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Cet article est en accès libre jusqu'au 13/12/2019. Devenez membre pour accéder à l'ensemble des productions de l'association.

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