Actualité du futur

Recherche, sciences, techniques - Territoires, réseaux

Enseigner la science par la science-fiction et le jeu

Par

Le 5 octobre 2019, le CEA (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives) a lancé, sur une plate-forme dédiée, un jeu vidéo inédit et gratuit, « Le Prisonnier quantique », avec la ferme intention de populariser l’apprentissage des sciences auprès des jeunes adolescents, et de diffuser à un large public sa culture scientifique et technique. Centré autour d’un des mystères de la physique quantique, l’aventure propose au joueur d’incarner le rôle de Zoé, une étudiante entraînée par son goût du mystère dans une longue quête pour retrouver un physicien brillant mais méconnu, inexplicablement porté disparu suite à une de ses expériences, il y a 60 ans.

Le design est simple mais efficace, et bien que Le Prisonnier quantique repose sur plusieurs ressorts fictionnels, la trentaine de puzzles qu’il propose de résoudre s’appuient, eux, sur des concepts scientifiques sérieux, qui demandent à l’utilisateur de mobiliser ses connaissances ou d’en acquérir de nouvelles, grâce aux faisceaux d’indices en accès libre, et aux multiples vidéos de chercheurs du CEA, qui permettent d’expliciter les items les plus complexes et de départager la fiction de la réalité.

Réalisé presque intégralement en interne, ce serious game s’adresse en particulier aux scolaires et à leurs enseignants puisqu’il propose d’illustrer de manière ludique certains chapitres du programme scientifique des collégiens et des lycéens. Diffusé en partenariat avec le réseau Canopé, spécialiste des ressources pédagogiques transmédias, et le ministère de l’Éducation nationale, Le Prisonnier quantique a une vocation pédagogique louable, à l’heure où les scientifiques se trouvent régulièrement confrontés au scepticisme du public, à la désinformation et aux théories du complot, et ce simplement parce que le jeu démontre la solidité de la démarche scientifique qui s’appuie d’abord sur l’expérimentation et l’observation pour structurer toute théorie.

On pourrait y voir aussi, sans toutefois discréditer l’intention du CEA, un acte de communication publique pour redorer l’image d’une institution soumise à de forts remous médiatiques, ne serait-ce qu’en raison de la place controversée du nucléaire à l’ère de la transition énergétique et des craintes liées au changement climatique. Le Prisonnier quantique est-il le premier pas vers de nouvelles méthodes de recrutement pour le CEA ? Il est beaucoup trop tôt pour le dire, mais en attendant, il n’y a pas de raison de se priver de cette expérience aussi divertissante qu’instructive.