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Dépendance : les attentes des Français

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Les Français souhaitent majoritairement, en cas de dépendance, rester vivre chez eux. Ils demandent une implication accrue des pouvoirs publics. Ces constats, établis depuis assez longtemps, ne connaissent pas de variations majeures dans le temps. Des attentes hautes donc, que ne doit pas décevoir un gouvernement qui a organisé une grande concertation nationale sur la question.

Au sujet de la dépendance, nombre de sondages ponctuels apportent de l’information utile. Les enquêtes dites barométriques — parce que répétant les mêmes interrogations plusieurs fois, parfois sur temps très longs — fournissent des données encore plus intéressantes, car permettant de repérer des évolutions et des continuités. Le ministère des Affaires sociales produit, depuis 2000, une telle étude. Celle-ci, conduite sous l’égide de sa Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), interroge chaque année un échantillon représentatif de la population française. Les questions abordent les thèmes de la dépendance. L’enquête de la DREES permet ainsi quelques enseignements extrêmement clairs. Ils sont complétés ici par les résultats d’une autre enquête barométrique, celle du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (CREDOC), menée depuis la fin des années 1970. Selon cette enquête Conditions de vie et aspirations des Français, en 2018, près d’un Français sur trois a un proche vivant actuellement ou ayant vécu en structure d’accueil pour personnes âgées et 9 % pensent être bientôt concernés, soit pour eux-mêmes soit pour un proche. C’est dire si le sujet est d’importance et devrait le rester.

Rester chez soi d’abord

En cas de survenance de la dépendance, prévaut, pour les Français une large préférence pour le maintien à domicile. Interrogés depuis une vingtaine d’années sur la question, ils privilégient nettement, pour leurs proches comme pour eux-mêmes, les solutions permettant de demeurer à domicile.

Confrontés hypothétiquement à la dépendance d’un proche, la part des répondants estimant qu’ils placeraient ce membre de leur famille dans une institution spécialisée a augmenté de quatre points entre 2000 et 2017. La part des répondants se déclarant prêts à accueillir à leur propre domicile ce proche devenu dépendant a, quant à elle, baissé de cinq points. Mais ces deux options ne rassemblent pas la majorité des Français. Ceux-ci mettent toujours en avant l’option du maintien à domicile de la personne devenant dépendante, soit en l’aidant financièrement, soit en l’aidant matériellement. Dans l’éventail des possibles, c’est la modalité d’une implication accrue des personnes elles-mêmes auprès de leur proche, à son domicile, qui arrive aujourd’hui en tête. L’option du placement dans une institution spécialisée reste la dernière.

Si l’on ne s’intéresse pas à un proche mais à soi-même, l’option de l’établissement pour personnes âgées (la maison de retraite ou, dit plus techniquement, l’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, EHPAD) s’avère de moins en moins envisageable. En 2000, elle était déjà minoritaire, avec 55 % des Français ne la considérant pas comme envisageable en ce qui les concerne directement. En 2017, ce sont les deux tiers des Français qui estiment inenvisageable une telle perspective.

La préférence pour le maintien à domicile parmi les Français (en %)


Source :
DREES.

Une attente d’intervention publique

Si les Français aspirent, au grand âge, à demeurer physiquement dans la sphère privée qu’ils ont pu se constituer, ils demandent, à tout âge, un effort accru de la sphère publique pour mieux traiter de la dépendance. Ils sont majoritaires à estimer que c’est à l’État et aux pouvoirs publics en général de prendre en charge financièrement les personnes âgées dépendantes. La question n’est posée que depuis 2014 et on ne saurait noter trop de variations sur cette période. Ce sont ainsi deux tiers des répondants qui avancent la nécessité d’une prise en charge principalement publique des dépendants. Ils ne sont qu’un quart à penser que la responsabilité en incombe d’abord aux descendants et à la famille des personnes qui ne pourraient plus vivre seules sans aide. Enfin, un Français sur dix répond que c’est aux individus concernés de s’assurer et de prévoir.

 Prise en charge financière des personnes âgées dépendantes : le point de vue des Français (en %)


Source :
DREES.

Pour l’avenir, on ne saurait tirer aisément des hypothèses contrastées sur l’évolution des opinions, pas plus que sur l’évolution des politiques. Tout de même, les grandes tendances valorisant l’individu et l’autonomie laissent penser que les préférences en matière de dépendance seront toujours plus marquées, en particulier pour le maintien à domicile et la sollicitation des pouvoirs publics. Du côté des politiques, ces attentes iront grandissant, avec l’arrivée en cours des générations du baby-boom au cœur de la problématique de la perte d’autonomie. Certes, les politiques oscillent invariablement entre les grandes annonces et les faibles réalisations. Mais les aspirations à une large densification de l’implication publique (dans le financement d’équipements, dans l’aide à l’adaptation des logements, dans l’appui aux aidants) augmentant, la pression sur les décideurs se fait de plus en plus forte par rapport à la pression budgétaire. Le gouvernement, attendu sur sa stratégie et ses décisions en matière de dépendance, est confronté à la nécessité d’agir pour le grand âge. La force des revendications, dans des directions diverses, n’appelle pas une réponse unique. Elle suggère une implication accrue, multiforme, nécessaire dans le court terme.

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Cet article est en accès libre jusqu'au 27/01/2020. Devenez membre pour accéder à l'ensemble des productions de l'association.

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