Note de veille

Ressources naturelles, énergie, environnement - Société, modes de vie

Déchets plastiques : l’overdose, et après ?

Par

Depuis les années 1950, 8,3 milliards de tonnes de plastique ont été fabriquées dans le monde. Sur ce total, seuls 9 % ont ensuite été recyclés. La production de ce matériau s’accélère depuis le début des années 2000, et croît en moyenne de 4 % par an. En 2017, 4 % des déchets plastiques mondiaux ont été exportés, la moitié par des pays du G7 ; les États-Unis exportent la moitié des déchets plastiques issus du tri sélectif.

 
Source :Geyer Roland, Jambeck Jenna R. et Lavender Law Kara, « Production, Use, and Fate of all Plastics Ever Made », Science Advances, vol. 3, n° 7, 19 juillet 2017.

En 2017, 60 % des déchets des pays du G7 ont été achetés par la Chine et Hong Kong. Dépassée par ces flux, la Chine a décidé à partir de 2018 de restreindre fortement les importations de déchets plastiques, et même d’interdire certains d’entre eux, lorsque leur composition ne permet pas de les recycler. En 2018, avec Hong Kong, elle n’a ainsi acheté que 10 % des déchets exportés par les pays du G7. En un an, ces derniers ont donc dû trouver d’autres débouchés pour leurs déchets plastiques. Or, compte tenu du coût de leur main-d’œuvre et des exigences de leurs normes de recyclage, il est beaucoup plus intéressant pour eux de les exporter. En conséquence, les flux redirigés vers d’autres pays asiatiques ont explosé, notamment l’Indonésie, la Thaïlande, le Viêt-nam, le Cambodge et la Malaisie (où ils sont parfois gérés par des entreprises chinoises qui s’y sont délocalisées). En quelques mois, la Malaisie est ainsi devenue le plus gros importateur mondial de déchets plastiques.


Source :
Hook Leslie et Reed John, « Why the World’s Recycling System Stopped Working », The Financial Times, 25 octobre 2018.

Mais depuis quelques mois, ces pays manifestent eux aussi leur volonté de ne plus être la « poubelle » des pays développés, et restreignent les importations de déchets, notamment des plastiques non recyclables. Ils ont tous successivement annoncé qu’ils renvoyaient des déchets illégaux à leurs expéditeurs et qu’ils renforçaient les contrôles sur les futurs déchets importés. Dernier en date, le Cambodge a ainsi annoncé en juillet le renvoi de 1 600 tonnes de déchets plastiques illégaux vers les États-Unis et le Canada, et rappelé que le pays « n’était pas une poubelle ».

En effet, ces pays se sont retrouvés submergés par des arrivées massives de déchets, importés par des entreprises privées, parfois illégales, qui ne disposent pas des infrastructures nécessaires pour les valoriser. Et ces flux de déchets sont venus s’ajouter à ceux produits en interne, par des populations qui accèdent progressivement à la société de consommation, et qui privilégient souvent les petits formats et le suremballage. Dans les pays pauvres, selon la Banque mondiale, seuls 6 % des déchets sont collectés pour être valorisés. Les déchets s’accumulent donc dans des décharges sauvages, dans les villes et dans les océans. Ils génèrent des nuisances, des pollutions et des problèmes sanitaires qui ont conduit les populations et les pouvoirs publics à condamner les entreprises censées les prendre en charge.

À mesure que le nombre de pays asiatiques refusant les déchets augmente, ces derniers s’accumulent dans les pays riches. Aux États-Unis, de plus en plus de villes se contentent de les incinérer ou de les stocker dans des décharges, jugeant le coût de leur prise en charge trop élevé.

Les pays occidentaux devront donc trouver de nouveaux débouchés pour leurs déchets, notamment plastiques. À court terme, il est probable qu’ils convainquent facilement d’autres pays qui accepteront de les prendre en charge à des tarifs attractifs, quitte à les entasser eux aussi dans d’immenses décharges. Ainsi, l’Afrique subsaharienne pourrait devenir plus que jamais une destination privilégiée. Mais, alors que 70 % des déchets s’y décomposent dans des décharges à ciel ouvert, ces pays pourraient également finir par se révolter.

Selon un rapport de la Banque mondiale, si les tendances actuelles se poursuivent, la production mondiale de déchets pourrait croître de 70 % d’ici 2050. Elle pourrait doubler en Asie de l’Est, plus que doubler dans le Pacifique, et tripler en Afrique subsaharienne. À cet horizon, ce seraient plus de 25 milliards de tonnes de déchets plastiques qui devraient être pris en charge dans le monde.

Ces volumes seront donc de plus en plus difficiles à absorber par les pays en développement et les pays pauvres, entraînant une hausse des coûts de prise en charge, des restrictions des gouvernements mais aussi des contestations sociales. L’électrochoc qu’a constitué la décision chinoise traduit donc sans doute un point de bascule dans la mondialisation du déchet plastique, qui devra être profondément repensée, très rapidement.

Les filières de valorisation présentes dans les pays développés pourraient devenir plus compétitives, mais aussi plus sûres, car garantissant le bon traitement des déchets. Plus fondamentalement, c’est le modèle même du tout-plastique jetable qui pourrait être questionné. Les pressions pour réduire la production de déchets plastiques devraient se renforcer vis-à-vis des industriels, notamment de la part des consommateurs et des pouvoirs publics (voir encadré ci-après). Les alternatives au plastique se développent d’ailleurs déjà. D’un côté, des solutions historiques commencent à être réadoptées. C’est le cas par exemple de la consigne, restaurée en Allemagne depuis une quinzaine d’années, et que le gouvernement français envisage de rétablir. C’est le cas aussi des achats en vrac, qui renaissent à la fois dans des réseaux spécialisés et dans la grande distribution. Pour s’imposer, ces alternatives devront néanmoins convaincre à la fois les consommateurs, les distributeurs et les acteurs de la logistique qu’elles peuvent être pratiques, écologiques et rentables.

Autre piste : les innovations visant à remplacer le plastique par des matériaux réutilisables ou d’origine végétale. Ainsi, les pailles en plastique peuvent être remplacées par des pailles en métal, en carton, en bambou ou comestibles…

La guerre lancée contre le déchet plastique ne fait sans doute que commencer, mais elle pourrait aussi déboucher sur de nouvelles opportunités économiques...

--------------------------
L’exemple des plastiques à usage unique

Déchet symbolique, le sac en plastique à usage unique a déjà été interdit dans une soixantaine de pays (y compris en Chine), même si des abus existent évidemment. Les interdictions s’étendent progressivement à d’autres plastiques à usage unique, comme les pailles et les couverts. Conscientes de l’enjeu, des entreprises se joignent aussi au mouvement, comme McDonald’s et Starbucks qui vont progressivement interdire les pailles en plastique, ou Franprix qui ne vend plus, depuis 2019, de plastiques à usage unique, anticipant l’évolution de la législation européenne, qui les interdira à partir de 2021.
---------------------------------

Read related content

Devenir membre

Cet article est en accès libre jusqu'au 20/10/2019. Devenez membre pour accéder à l'ensemble des productions de l'association.

Membership