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Crise du Covid-19 : quels impacts sur le secteur humanitaire ?

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Quels impacts aura la crise du Covid-19 sur le secteur humanitaire ? C’est la question que s’est posée notre partenaire IARAN (Inter-Agency Research and Analysis Network), un centre de réflexion prospective constitué d’un réseau d’acteurs issu du secteur humanitaire.

À partir des scénarios réalisés par l’association Futuribles International, IARAN a transposé la réflexion à un niveau mondial et s’est intéressé à l’impact de différents scénarios sur le secteur humanitaire. Dans le premier scénario, « Être sur la corde raide », les pays développés oscillent entre périodes de relâchement et de confinement pour contenir le virus jusqu’à la diffusion d’un vaccin au printemps 2021, mais l’économie mondiale est fortement ralentie. Les pays en développement peinent à appliquer les mesures barrières, ils souffrent de pénuries alimentaires, les prix explosent et la pauvreté augmente. Les impacts sur le secteur humanitaire sont divers : le secteur humanitaire traditionnel démontre son inefficacité ; on assiste à une réorganisation des réseaux d’aide avec appui sur les structures locales, ainsi que des accompagnements virtuels ; des partenariats sont noués pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement.

Dans le deuxième scénario, « Pandémie contrôlée », les pays développés contiennent l’épidémie dès l’été 2020 grâce à la généralisation des tests et l’utilisation de traitements existants qui se sont révélés efficaces. La mise en place d’une solidarité internationale associée à la généralisation d’un système de tracking via les appareils mobiles permet également de ralentir l’épidémie dans les pays en développement. Pour le secteur humanitaire, c’est un succès des approches collaboratives qui associent différentes parties prenantes dans les institutions humanitaires traditionnelles avec des acteurs plus informels sur le terrain. Les travailleurs sur le terrain montent en compétence, mais il existe un risque d’instrumentalisation des techniques de surveillance numérique.

Dans le troisième scénario, « La Grande Dépression », le virus s’avère plus mortel que prévu. Il touche de plus en plus les jeunes et sa complexité rend difficile la généralisation d’un vaccin au printemps 2021. L’épidémie se propage et touche les personnes en première ligne (soignants et salariés de la grande distribution, etc.), les inégalités s’accroissent fortement dans les pays développés et en développement. Seuls les pays asiatiques s’en sortent avec la mise en place rapide de mesures de distanciation sociale et de tracking qui permettent d’endiguer l’épidémie. La situation devient en revanche catastrophique dans les zones de conflit. Du côté du secteur humanitaire, les politiques nationalistes des différents gouvernements bloquent la coordination internationale. La fermeture stricte des frontières empêche les acteurs de se rendre sur le terrain et les fonds humanitaires ne sont pas utilisés de manière efficace.

Le document réalisé par IARAN propose quatre trajectoires à suivre pour le secteur humanitaire :

1. Favoriser le développement de structures locales qui peuvent être des relais sur le terrain dans des situations de crise comme celle que nous vivons actuellement.

2. Intégrer le long terme dans les stratégies de gestion de crise.

3. Transformer en profondeur le secteur humanitaire en favorisant les collaborations avec les acteurs locaux.

4. Soutenir la diversité locale et s’appuyer sur la compétence des acteurs présents, y compris des initiatives dirigées par des femmes et des groupes de défense des droits, afin de garantir que les réponses soient réellement appropriées.