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Conférence annuelle d’ESPAS : vers un renouveau de la prospective en Europe ?

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Les 18 et 19 novembre, s’est tenue (en ligne) la conférence annuelle d’ESPAS (European Strategy and Policy Analysis System), l’agence interinstitutionnelle ayant pour fonction de faire vivre la prospective au sein des organes de l’Union européenne (UE). Intitulée « Shaping Europe’s Future: Global Trends and Strategic Choices », elle avait une double ambition : faire connaître les travaux de l’agence ainsi que les méthodologies qu’elle adopte, et faire se rencontrer des prospectivistes et des décideurs politiques européens et internationaux pour discuter des grands défis à venir pour l’UE. Se sont ainsi croisés, pendant ces deux journées, des membres des gouvernements lituanien, espagnol, grec, autrichien, mais aussi émirati ou singapourien, des représentants des institutions européennes, des chercheurs de plusieurs grands think-tanks et universités européens, américains ou asiatiques, ainsi que des acteurs de la sphère privée (Amazon, Facebook…).

Suite à cet événement, quelques éléments nous semblent importants à retenir. Il a d’abord révélé un intérêt nettement ravivé pour la prospective au sein des institutions nationales et européennes, visiblement en conséquence de la crise Covid-19. Ainsi, quelques grands projets « prospective » ont été récemment lancés en Lituanie ou encore en Espagne. La Grèce s’est même dotée d’un département spécifique pour penser le futur, directement rattaché au Secrétaire d’État. Par ailleurs, l’approche par scénarios semble être largement plébiscitée. Elle permet, selon plusieurs intervenants, de rafraîchir les anciennes approches législatives et politiques, de nourrir des réflexions sur les enjeux à venir et les manières de les appréhender, de tester, aussi, les nouvelles politiques à développer. Mais surtout, les scénarios permettent de développer un langage commun sur l’avenir, y compris sur ce qui est « impensable ». Ils ouvrent le dialogue, la collaboration, la coconstruction. Pour qu’ils puissent réellement nourrir l’action, néanmoins, il reste indispensable d’intégrer les décideurs au processus d’élaboration des scénarios.

En parallèle, cet événement a permis aux participants de mettre en discussions les enjeux que l’UE et ses institutions auront à relever dans les années à venir. Parmi ces derniers, nous avons retrouvé, sans surprise, le changement climatique, les révolutions numériques, les problématiques d’autonomie stratégique. Mais nous avons aussi noté de nombreuses inquiétudes autour de la solidité des institutions européennes elles-mêmes (sont-elles suffisamment robustes pour faire face, par exemple, à la crise de la démocratie représentative sensible en Europe ?), ainsi que de grandes incertitudes concernant le futur de la coopération transatlantique. Selon certains intervenants, les États-Unis et l’OTAN (Organisation du traité de l’Atlantique Nord) sont et seront essentiels à l’UE, dans un monde de plus en plus instable et multipolaire. Quoi qu’il en soit, les participants n’ont eu de cesse de répéter l’importance de replacer les réflexions sur le temps long au cœur de l’action politique, une conclusion que nous ne pouvons que cautionner.

Les sessions sont à retrouver en replay sur ce lien.