Note de veille

Économie, emploi - Société, modes de vie

Combien de riches en France ?

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Dans son Rapport sur les riches en France, l’Observatoire des inégalités propose de fixer le seuil de richesse au double du niveau de vie médian, soit 3 470 euros par mois après impôts et prestations sociales pour une personne seule. Un peu plus de cinq millions de personnes vivent au-dessus de ce seuil, elles représentent 8,2 % de la population, soit autant — c’est une coïncidence — que les pauvres.

Les chiffres

Le seuil de richesse de l’Observatoire des inégalités de 3 470 euros n’est qu’un seuil d’entrée. Après impôt, les 10 % les plus aisés touchent en moyenne 4 800 euros nets. Au-delà, les chiffres s’envolent. Le 1 % les plus riches commence à 6 700 euros mensuels après impôts, le 0,1 % à 14 900 euros. Avant impôt, les seuils sont respectivement de 8 850 et 21 700 euros. Quant aux ultrariches habitués des classements des magazines, leurs revenus dépassent un million d’euros par mois, pour une poignée de « grands patrons » et de stars du football. Les riches sont très riches en France, même après avoir payé leurs impôts. Ils le sont même plus qu’ailleurs en Europe : hormis la Suisse, la France est le pays où le 1 % le plus aisé a le niveau de vie le plus élevé.

L’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques) ne fixe pas de seuil de richesse. Il est donc impossible de dire avec précision comment évolue le nombre de riches dans le pays. En termes de revenus, une étude de l’institut statistique révèle cependant que le nombre de personnes « aisées » (qui perçoivent au moins 1,8 fois le niveau de vie médian) est passé de 6,7 millions en 1996 à 6,8 millions en 2014. Un nombre plutôt stable, d’autant que la population française a légèrement augmenté sur la période.

Les riches se sont enrichis au cours des dernières décennies. Tout d’abord, ils gagnent plus. Si le nombre de personnes aisées est stable, il n’en va pas de même pour le montant de leurs revenus. Les riches se sont éloignés des classes moyennes en 20 ans. En 1996, l’écart entre le niveau de vie médian de la population et le niveau de vie moyen des 10 % les plus riches était de 27 800 euros annuels. En 2017, il était de 36 300 euros. L’écart s’est creusé de près de 8 500 euros annuels. Ensuite, les riches possèdent plus. Le seuil d’entrée dans les 10 % les plus fortunés a plus que doublé : il est passé de 553 000 euros à 1,2 million d’euros entre 1998 et 2010, hors endettement. Depuis 2010, l’envolée s’est calmée. Entre 2010 et 2018, ce seuil n’a augmenté « que » de 36 000 euros, une « petite » somme vu du haut de l’échelle, mais non négligeable pour la grande majorité de la population.

Et demain ?

Les données du rapport de l’Observatoire des inégalités s’arrêtent en 2018, faute de mieux. Depuis, que s’est-il passé ? Les mesures prises par la nouvelle majorité ont été très favorables aux plus aisés. L’impôt de solidarité sur la fortune a été taillé en pièces et l’imposition des revenus financiers fortement réduite. Pas moins de cinq milliards d’euros de recettes fiscales ont été perdus chaque année depuis 2018. Les prix de l’immobilier sont repartis à la hausse. De manière générale, le contexte est redevenu plus favorable à la France aisée, même si le choc boursier de mars 2020 a fortement diminué la valeur des actions.

Le ralentissement de l’activité économique et la montée du chômage qui s’annoncent, suite à la crise du Covid-19, vont peser très fortement sur les catégories populaires. Dans les mois voire les années qui viennent, les inégalités devraient d’abord se creuser par le bas, avec notamment des jeunes peu diplômés et des non-salariés peu qualifiés en très grande difficulté.

Certes, les amortisseurs du modèle social français vont jouer et limiter un peu la casse par rapport à d’autres pays dont les dépenses publiques sont bien plus faibles, mais il n’empêche que la montée du chômage et de son corollaire, la pauvreté, devraient être impressionnants. Si la France des plus aisés — et pas seulement celle d’une poignée de millionnaires — refuse davantage de solidarité, le fossé risque de se creuser encore.

La crise du Covid-19 va peser lourdement sur les finances publiques. Elle a en outre illustré les demandes importantes en matière de protection collective, du logement à la santé en passant par l’éducation. Sauf à être un fervent partisan de la création monétaire, il faudra bien financer tout cela. À court terme, on peut imaginer que la croissance reprenne : de fait, une partie des dépenses non réalisées pendant le confinement auront bien lieu. À plus long terme, on ne peut qu’observer les difficultés à maintenir un régime de croissance économique régulier en Europe. La croissance stagne depuis bientôt 20 ans, le dernier véritable cycle de croissance a eu lieu sur la période 1997-2001 en France. Dès lors, on voit mal comment on peut échapper à une forme de redistribution large de la richesse pour répondre au besoin, et pas uniquement centrée sur une frange très étroite (du 1 % vers les 99 %) de la population.

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Source :
cette note est issue d’un partenariat avec le Centre d’observation de la société (http://www.observationsociete.fr/).

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