Note de veille

Économie, emploi - Entreprises, travail

Après la crise, où va l’emploi non salarié ?

Par

Pour une partie des actifs français, la crise du coronavirus a eu un impact massif dès l’annonce du confinement à la mi-mars. Une part importante des non-salariés ont vu leur activité stopper net et leurs revenus plonger. Quelles conséquences ce phénomène aura-t-il à long terme ? Contrairement à ce que l’on indique souvent, l’emploi indépendant est loin d’être un nouvel eldorado du travail.

Certes, le début des années 2000 a été marqué par l’arrêt de diminution de la part des non-salariés dans l’emploi. Rien qu’entre 1970 et la fin des années 1990, le pourcentage d’indépendants avait été divisé par deux, de 20 % à 10 %, sous l’effet notamment du déclin de l’emploi agricole, puis du petit commerce. Des machines ont supplanté nombre d’emplois des champs, des bataillons de vendeurs salariés ont remplacé les gérants de magasins avec la croissance des super- et des hypermarchés. À partir du début des années 2000, ce mouvement est stoppé.

Ce n’est pas pour autant qu’on assiste à une explosion de l’emploi non salarié. Depuis 20 ans, la part des emplois indépendants stagne, autour de 12 % de l’ensemble. Cette stabilité est en réalité le résultat de deux mouvements opposés : la progression des autoentrepreneurs compense la baisse de l’emploi non salarié classique. Ainsi, entre 2008 et 2017, alors que les premiers ont progressé de 33 % selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), les seconds ont diminué de 11 %.

Part de l’emploi indépendant dans le total des emplois en France (en %)

Source : INSEE. © Centre d’observation de la société.

La hausse du nombre de non-salariés à la fin des années 2000 a, en effet, en partie été alimentée par la création du statut d’autoentrepreneur en 2008, qui occupait 900 000 personnes au deuxième trimestre 2019 selon l’Acoss. Très peu vivent de ce statut et ceux pour qui c’est le cas n’en tirent que de maigres revenus. La moitié des autoentrepreneurs dont c’est l’activité principale réalisent moins de 750 euros de chiffre d’affaires mensuel, et un quart moins de 220 euros, selon les données 2016 de l’INSEE.

Des facteurs plus structurels ont joué. En période de chômage élevé, payer le personnel à la tâche assure une flexibilité maximale de la production recherchée dans certains secteurs, du bâtiment aux services. On assiste surtout à un plafonnement du salariat. Cette forme d’organisation peut en effet difficilement occuper 100 % des emplois : l’entreprise structurée n’a pas forcément vocation à encadrer tous les métiers, du maçon à l’architecte. Il restera toujours des activités marchandes réalisées à la tâche : l’arrêt du processus de « salarisation » était inévitable.

La crise économique engendrée par la crise sanitaire va-t-elle provoquer une diminution de l’emploi non salarié ? L’enjeu est moins l’emploi indépendant classique que le paiement à la tâche pour de très faibles montants d’une main-d’œuvre le plus souvent jeune et peu qualifiée.

Dans un premier temps au moins, la crise économique générée par la crise sanitaire va entraîner une baisse de l’activité, et probablement des difficultés pour les jeunes à s’insérer dans l’emploi. En conséquence, une partie d’entre eux pourraient être contraints d’accepter n’importe quelle tâche, salariée ou non.

Mais si l’activité repart plus durablement, alors une partie de ceux qui hier avaient été attirés par un statut avantageux vont probablement rechercher des revenus plus sûrs. L’arrêt quasi total de l’activité a marqué les esprits : moins de charges, c’est aussi bien moins de protection et de nombreux jeunes se sont retrouvés sans aucune ressource du jour au lendemain. À plus long terme, il ne faut pas oublier que le salariat est aussi une assurance pour les entreprises qui n’ont pas toujours intérêt à une forte volatilité de la main-d’œuvre. Le paiement à la tâche est loin d’être optimum, pour ceux qui en vivent comme en termes d’organisation du travail.

À moins d’une profonde dérégulation du marché du travail — ce qui n’est jamais à écarter — l’emploi en masse de travailleurs à la tâche, très médiatisé, n’est pas pour demain. Il est bien peu probable que l’on assiste à une croissance de l’emploi indépendant, dans l’intérêt des employés comme des employeurs. Si c’était le cas, il faudrait alors s’attendre à des conséquences majeures pour les jeunes, souvent en première ligne, avec une fracture croissante entre les stables et les instables, source de tensions sociales.

-----------------
Dans quels secteurs exercent les non-salariés ?

On compte un peu moins de trois millions de non-salariés en France, employés dans des secteurs très différents. La plupart exercent des activités de service. Presque un quart travaille dans le secteur des services aux entreprises : gestion, information-communication, conseil juridique, etc. Un cinquième dans les services aux particuliers comme l’hôtellerie-restauration, l’enseignement, la coiffure et les soins de beauté. Le commerce arrive en troisième position avec 18 % des emplois, et la santé en quatrième place avec 17 %. Le transport, qui fait beaucoup parler de lui, n’en représente que 3 %, dont 1 % pour les taxis et VTC (voitures de transport avec chauffeur). Seules des données plus détaillées permettraient d’évaluer avec précision la part des non-salariés qui a été touchée par la crise liée au Covid-19. Si le commerce alimentaire, une partie de l’industrie et du secteur de la santé ont poursuivi leurs activités (non sans difficulté), hormis les plus qualifiés qui pouvaient exercer en télétravail, des services aux particuliers aux transports en passant par le commerce non alimentaire, c’est en tout cas une très large majorité des indépendants qui a subi un coup d’arrêt brutal.

---------------------------

Source : cette note est issue d’un partenariat avec le Centre d’observation de la société (http://www.observationsociete.fr/).

Read related content

Devenir membre

Cet article est en accès libre jusqu'au 31/08/2020. Devenez membre pour accéder à l'ensemble des productions de l'association.

Membership