Note de veille

Recherche, sciences, techniques - Territoires, réseaux

Angers Loire métropole, territoire intelligent

Le 12 novembre 2019, la communauté Angers Loire métropole a décidé de l’attribution du « marché global de performance relatif à la conception et réalisation du projet de territoire intelligent » à Engie, associé aux groupes Suez, La Poste et VYV [1]. La décision, qui porte sur un montant estimé à 178 millions d’euros sur une durée de 12 ans, marque l’aboutissement d’un processus concurrentiel qui a vu s’affronter quatre groupements menés par des majors du BTP (bâtiment-travaux publics). En effet, outre le lauréat, trois autres consortiums étaient en lice, conduits par Bouygues, EDF (Électricité de France) et Vinci.

Le projet a pour objectif d’accélérer la transition écologique du territoire, d’améliorer les services publics pour les habitants, et d’optimiser la gestion du service public et ses coûts de fonctionnement. Concrètement, il s’agit de concevoir, de fournir et d’exploiter une plate-forme de monitoring urbain et de gestion des données, y compris la pose et la maintenance des capteurs. Ce système d’information intégré permettra d’optimiser la gestion de services comme l’éclairage, la collecte des déchets, la mobilité urbaine et les déplacements, l’entretien des espaces verts, le stationnement, etc. Il en résultera des économies d’énergie et une réduction de l’empreinte écologique de la Communauté et, au-delà, une meilleure communication avec les citoyens et le développement de nouveaux usages.

Cette opération présente un intérêt particulier. Dans le choix des acteurs d’abord, parce qu’elle s’adresse à des entreprises des métiers de l’urbain, sans solliciter particulièrement les acteurs du numérique. Et elle privilégie les majors par souci de flexibilité dans les solutions selon les innovations qui apparaîtront. Dans les relations entre la collectivité et le secteur privé ensuite, puisqu’il s’agit d’un contrat attribué à l’issue d’un dialogue compétitif [2] d’un an, passé à un chef de file unique pour éviter la multiplication des interlocuteurs et qui comporte des clauses de résultats en matière d’économie d’énergie notamment. Dans la gestion des données enfin, puisque celles-ci resteront propriété de la Communauté et qu’un comité d’éthique est chargé du contrôle de leur usage.

Alors, s’agit-il d’un modèle français de transition vers la ville intelligente ? Bien des questions restent ouvertes, comme le niveau des investissements sur la durée de la période, la capacité des acteurs à intégrer les innovations ou encore l’acceptabilité par les habitants des transformations engagées. Autant d’interrogations à situer dans un contexte local riche d’un réel potentiel dans le numérique, comme l’illustre la présence du pôle labellisé par France Tech, qui a par ailleurs ouvert des chantiers d’envergure notamment pour le transport urbain. Et si finalement, l’essentiel n’était pas le modèle mais le cheminement propre à chaque cité et conforme à son génie ?

N.B. : voir aussi l’article « La smart city : mythe et réalité », à paraître dans Futuribles, n° 434, janvier-février 2020, p. 49-65.



[1] Engie, spécialisé dans le secteur de l’énergie, et Suez, positionné sur le traitement de l’eau et des déchets, sont des groupes de taille mondiale. La Poste, opérateur de services postaux, bancaires et numériques, et VYV, pôle non lucratif de santé et protection sociale, sont des acteurs nationaux de premier plan en France.

[2] Procédure prévue au code des marchés publics, par laquelle l’acheteur dialogue avec les candidats pour définir des solutions proches de ses besoins.

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Cet article est en accès libre jusqu'au 25/01/2020. Devenez membre pour accéder à l'ensemble des productions de l'association.

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