 |
Accepter le nouveau siècle
Accepting the New Century
Pierre Radanne
Cet article de Pierre Radanne résume, en quelques pages, l’essentiel des défis posés par le troisième choc énergétique qui affecte le monde depuis un peu plus d’un an. Après une brève description du caractère cyclique de l’énergie, Pierre Radanne montre comment s’est développé ce troisième choc et souligne combien les défis du changement climatique le placent à un niveau très différent des précédents chocs énergétiques connus.
Dans un tel contexte, le problème posé est d’ampleur civilisationnelle : on ne pourra généraliser le mode de vie occidental à toute la planète ; c’est pourquoi les pays développés doivent impérativement ouvrir la voie à de nouveaux comportements maîtrisant la consommation énergétique. Les pouvoirs publics, en Europe en particulier, doivent selon lui hiérarchiser leurs priorités et mettre en place une stratégie de long terme, passant par une certaine « re-régulation » du secteur de l’énergie. Il faut, conclut Pierre Radanne, se donner les moyens de réussir ce nouveau siècle, en utilisant le secteur de l’énergie comme vecteur de règlement des problèmes climatiques et voie d’émergence d’une nouvelle forme de civilisation, à l’échelle planétaire.
This article by Pierre Radanne summarizes in a few pages the key challenges raised by the third energy crisis that has been affecting the world for the past year or so. He first offers a brief description of the cyclical nature of energy and then goes on to describe how this recent crisis developed, stressing the way that concerns about climate change have put the present oil shock on a very different plane to previous ones. The challenge now is at a much broader level, relating to how people live: Western lifestyles cannot be adopted by the whole planet; consequently it is imperative that the industrialized countries seek new patterns of behaviour that reduce energy consumption. Pierre Radanne argues that public authorities, especially in Europe, must rank their priorities and establish long-term strategies, involving a certain “re-regulation” of the energy sector. He concludes that it is essential to be equipped to make a success of the 21st century by using the energy sector as a vector for tackling the problems of climate change and an approach to creating a new form of civilization for the whole planet.
Retour à la Lettre
d'information
La fin du pétrole bon marché. Pourquoi les informations sur les réserves sont si peu fiables et controversées
The End of Cheap Oil. Why the Data about the Reserves Are so Unreliable and Controversial
Jean Laherrère
Le pétrole est indispensable au fonctionnement de l’économie mondiale, notamment du fait de la dépendance quasi totale du secteur des transports. Pourtant, les prévisions d’offre et de demande d’hydrocarbures sont très différentes selon la source d’expertise considérée.
Ainsi, bien qu’elles soient peu débattues dans les publications institutionnelles, des controverses majeures pèsent sur l’estimation des réserves ultimes de pétrole. Les plus optimistes, arguant du fait que le montant des réserves prouvées n’a cessé de croître au cours des 50 dernières années, notamment grâce au progrès technologique et à l’exploitation de nouveaux champs en eaux profondes, prolongent la tendance passée et estiment que l’on n’a pas à craindre de pénurie avant 40, voire 80 ans.
De leur côté, les plus pessimistes affirment que le pétrole est une ressource finie dont les principales zones d’exploitation ont d’ores et déjà été découvertes. La consommation excédant désormais les découvertes et le progrès technique ayant ses limites, ils estiment, à partir de l’étude des découvertes passées, que la production pétrolière conventionnelle et non conventionnelle pourra croître jusqu’en 2015-2030 à un maximum de production de 90 millions de barils par jour, mais qu’elle déclinera ensuite inexorablement.
Jean Laherrère, spécialiste de l’étude des réserves, fait le point sur l’état et les prévisions d’évolution des réserves de pétrole mondiales. Plutôt pessimiste dans son approche, il souligne à quel point la publication des chiffres, en ce domaine, est politique et sujette à caution, faute notamment de définitions communes de ce que l’on évalue. Il présente les diverses estimations des réserves ultimes d’hydrocarbures (c’est-à-dire la production cumulée + les réserves restantes à produire + ce qui reste à découvrir), et les divers facteurs influençant les prévisions. Sa conclusion est sans ambages : il faut rapidement maîtriser la consommation de pétrole (si besoin en augmentant sensiblement les prix) pour espérer satisfaire nos besoins futurs en énergie.
The world economy cannot function without oil, notably because the transport sector relies so heavily upon it. Yet the forecasts of supply and demand for hydrocarbons differ widely depending on the expert source consulted.
Even though they are not much discussed in the institutional publications, major controversies surround the estimates of the total reserves that could be extracted in future. The most optimistic forecasts are based on the fact that the amount of proven reserves has never stopped growing over the last 50 years, thanks above all to technological progress and the exploitation of new, deep-sea fields; the optimists assume that past trends will continue and they reckon that there is no reason to fear shortages for another 40, if not 80, years.
By contrast, the most pessimistic experts argue that oil is a finite resource and the main oil-producing regions were discovered long ago. Since consumption rates now exceed discovery rates and technical progress has its limits, they calculate on the basis of discovery rates in the past that conventional and unconventional oil production might reach a maximum of 90 million barrels per day by 2015-2030, but after that it will decline inexorably.
Jean Laherrère, an expert on oil reserves, sums up the present situation and the forecasts of likely future changes in world oil reserves. His approach is rather pessimistic, stressing that the published figures on reserves tend to be highly political and must be viewed with caution, above all because there are no agreed definitions of what is being evaluated. He presents the various estimates of final hydrocarbon reserves (i.e. total production plus known reserves plus estimates of undiscovered reserves), and the range of factors affecting the forecasts. His conclusion does not beat about the bush: we must quickly check oil consumption (if necessary by raising prices significantly) if we are to satisfy our future energy needs.
Retour à la Lettre d'information
Les scénarios globaux de Shell. Production d’hydrocarbures, sécurité énergétique et économie du carbone
Shell’s Global Scenarios. Production of Hydrocarbons, Energy Security and Carbon Saving
Albert Bressand
Les compagnies pétrolières sont parmi les premières concernées par l’avenir des ressources en hydrocarbures. À ce titre, elles s’efforcent d’anticiper les évolutions à venir et de s’y préparer, à l’image de Shell qui, depuis les années 1970, élabore des scénarios énergétiques. Albert Bressand a coordonné, pour Shell, le dernier travail prospectif à l’horizon 2025, dans lequel ont été présentés divers scénarios dits « globaux », destinés à envisager les évolutions et ruptures possibles en matière énergétique.
Rappelant d’abord le débat (toujours d’actualité) sur le risque de pénurie de ressources (pic de Hubbert), il souligne l’importance de certains facteurs de discontinuité, trop souvent négligés : la possible fin du découplage énergie-croissance ; l’impact de plus en plus marqué du changement climatique dans le domaine des politiques énergétiques ; le rôle majeur de la politique et des enjeux nationaux (notamment au travers de la recherche de la sécurité énergétique). C’est l’occasion pour Albert Bressand de dresser un panorama assez exhaustif des tenants et aboutissants du débat (aspects techniques, géopolitiques : États-Unis, Chine, Russie, Inde, Moyen-Orient…).
Enfin, l’auteur résume les trois scénarios globaux de Shell à l’horizon 2025, articulés autour d’un triangle de forces (sécurité, efficacité et cohésion sociale), visant à approfondir l’analyse de Hubbert en l’adaptant au contexte actuel. Il est en effet essentiel, selon lui, pour avoir une image fiable des perspectives énergétiques, de prendre en considération — outre les aspects géologiques et la demande mondiale — les conditions de l’investissement, les politiques réglementaires et fiscales, les politiques environnementales et les relations internationales, tant entre producteurs et consommateurs qu’entre grandes puissances.
The oil companies are among the businesses most affected by the future of fossil fuel resources. Consequently they are trying to foresee what might happen and prepare for it. Shell, for example, has been drawing up energy scenarios since the 1970s. Albert Bressand was in charge of Shell’s most recent foresight exercise, looking ahead to 2025, which presented a range of “global” scenarios that tried to envisage the likely developments with regard to energy.
After recalling the old but still relevant debate about the risks of shortage (Hubbert’s peak), he stresses the importance of certain factors of discontinuity which are too often overlooked: the possibility that the link between energy and growth will be broken; the increasing impact of climate change on energy policies; the important role of politics and national issues (especially arising from the need to ensure energy supplies are secure). Albert Bressand takes the opportunity to paint a fairly full picture of the ins and outs of the debate (technical aspects, geopolitical concerns: United States, China, Russia, India, Middle East, etc.).
Lastly, Bressand summarizes Shell’s three global scenarios down to 2025, which are built around three goals (security, efficiency and social cohesion) and which aim to take Hubbert’s analysis a stage further by adapting it to present circumstances. In his view, it is essential, if we are to have a reliable sense of our energy prospects, to take into consideration – in addition to geological factors and world demand – the preconditions for investment, fiscal policies, regulatory and environmental policies, and international relations, both between producers and consumers and among the most powerful nations.
Retour à la Lettre
d'information
Effet de serre : quelques scénarios. Stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre pour préserver le climat de la planète
The Greenhouse Effect: Some Scenarios. Ways of Stabilizing the Concentrations of Greenhouse Gases in order to Safeguard the Earth’s Climate
Patrick Criqui
Patrick Criqui, expert en prospective énergie-environnement, rend compte dans cet article de divers scénarios réalisés ces dernières années s’agissant des perspectives énergétiques et des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Ainsi qu’il le rappelle, « entre pression de la demande, contrainte amont sur les ressources et contrainte aval sur les émissions, la construction de scénarios énergétiques durables relève de la quadrature du cercle ».
Il résume ici divers scénarios parmi lesquels ceux du GIEC (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat), ceux réalisés dans le cadre de l’étude Greenhouse Gas Reduction Pathways, ou encore les scénarios « Facteur 4 » (visant à diviser par quatre le volume d’émissions de gaz carbonique, en France notamment). Parmi ces scénarios, certains sont dits « sans politique » (ils ne se fixent pas d’objectif souhaitable) ; d’autres se fixent des objectifs chiffrés en termes de stabilisation voire de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Patrick Criqui les décrit en détail, montrant les enseignements que l’on peut en tirer dans chaque cas, les controverses qu’ils ont pu susciter et leurs implications possibles en termes d’action publique, notamment. Il montre enfin les politiques possibles pour favoriser l’avènement de scénarios « vertueux » (de stabilisation des émissions), dans le domaine des innovations technologiques, en matière d’incitations économiques et au plan structurel.
Patrick Criqui, an expert in the prospects for energy and the environment, examines some of the recently proposed scenarios for energy needs and production and for global emissions of greenhouse gases. He thus points out that “between the pressure of demand, the upstream limits on resources and the downstream limits on emissions, devising long-term energy scenarios is an exercise in squaring the circle”.
He summarizes here a range of scenarios including those of the IPCC (Intergovernmental Panel on Climate Change), those carried out as part of the study of Greenhouse Gas Reduction Pathways, and the Factor 4 scenarios (which aim to cut carbon emissions to a quarter of existing levels, notably in France). Among these scenarios, some are considered “policy free” (i.e. they do not set targets to aim for); others set targets expressed in precise figures for stabilizing or reducing greenhouse gas emissions. Patrick Criqui describes them in detail, showing what can be learned from each one, the controversies they stir up and their possible implications for public action, in particular. Lastly he discusses the policies that might be adopted in order to promote “virtuous” scenario outcomes (stabilizing emissions), with regard to technological innovations, economic incentives and in structural terms.
Retour à la Lettre
d'information
Nucléaire : la génération IV. Les enjeux des nouvelles générations de centrales nucléaires
Nuclear Energy: Generation IV. The Issues Raised by the New Generations of Nuclear Power Plants
Frank Carré et Jean-Claude Petit
L’offre mondiale d’énergie est confrontée, à long terme, à trois contraintes : l’augmentation croissante de la demande des pays en développement, l’épuisement progressif des ressources fossiles et la limitation des émissions de gaz à effet de serre, conformément au protocole de Kyoto signé en 1997. Si l’on ajoute à cela la volonté de plus en plus d’États de garantir une sécurité d’approvisionnement minimale, l’équation se complique.
S’appuyant notamment sur divers scénarios de prospective énergétique établis ces dernières années, Frank Carré et Jean-Claude Petit soulignent la nécessité croissante, outre de maîtriser la consommation énergétique, de recourir aux énergies non carbonées afin de maintenir les chances d’un développement durable. Parmi elles, le nucléaire est, selon eux, la source énergétique la mieux placée (non émettrice de gaz à effet de serre, garante d’une réelle indépendance et d’une stabilité des prix…).
Comme le montre cet article, de plus en plus de pays développés (États-Unis, France, Japon…) l’ont compris, qui investissent, à l’échelle nationale comme dans un cadre international, dans des politiques énergétiques axées sur le nucléaire. D’un point de vue technique, les auteurs rappellent la succession des différentes générations de centrales nucléaires depuis les années 1950 ; ils présentent aussi les générations à venir, en particulier la quatrième génération, actuellement à l’étude dans le cadre d’un forum international. Ils indiquent enfin sur quelles bases (économie, sûreté, gestion des déchets…) ont été sélectionnés les concepts à l’étude dans le cadre de cette quatrième génération (qui ne devrait pas entrer en fonction avant 2040).
L’option nucléaire est, selon les auteurs, la plus pertinente à long terme, à tous égards. Cependant, les logiques court-termistes prévalant au niveau tant des investisseurs que des producteurs d’électricité, elle nécessite une action volontariste de la part des pouvoirs publics, ce dans une perspective de l’ordre du demi-siècle.
World energy supplies face three constraints in the long term: rapidly growing demand from developing countries, gradual exhaustion of fossil fuel stocks and limits on greenhouse gas emissions in line with the Kyoto accords signed in 1997. If one adds to that the desire of more and more governments to ensure a minimum level of secure supplies, the equation becomes even harder to solve.
Basing their discussion on a range of recent scenarios for energy prospects, Frank Carré and Jean-Claude Petit stress the growing need – in addition to checking energy consumption – to have recourse to non-carbon energy sources in order to safeguard the possibilities of sustainable development. They argue that, of all the options, nuclear energy is the best because it does not create greenhouse gases, it guarantees genuine independence of supply and stable prices.
As this article shows, more and more industrialized countries (e.g. the United States, France and Japan) have understood this and are investing in energy policies based on nuclear power both domestically and internationally. Turning to technical matters, the authors describe the successive generations of nuclear power plants built since the 1950s; they also outline the generations of the future, in particular the fourth generation, currently being studied at international level. Lastly, they describe what factors (economics, safety, waste management, etc.) influenced the designs ultimately chosen for the fourth generation of plants, which are not expected to be in operation before 2040.
According to the authors, the nuclear option is the most viable in the long run, from every point of view. However, since short-term issues matter most to both investors in and producers of electricity, the public authorities will have to actively promote it over the next half-century or so.
Retour à la Lettre
d'information
Quelle place pour les énergies renouvelables ? Un rôle essentiel dans un contexte de maîtrise des consommations
Renewable Energy Sources as a Key Factor in Tackling Consumption
Jean-Louis Bal et Bernard Chabot
Comme l’indique l’une des conclusions de la Mission interministérielle française sur l’effet de serre en 2004, on ne pourra réduire les émissions de gaz à effet de serre, en France, sans un effort massif en matière de consommation énergétique (économies d’énergie) ni sans un développement parallèle des énergies renouvelables.
L’aspect demande (maîtrise des consommations) est traité dans ce même numéro par Véronique Lamblin. Côté offre, dans un contexte de pénurie possible à plus ou moins long terme (vraisemblablement quelques décennies) des sources d’énergie fossiles (hydrocarbures, principalement), les énergies renouvelables (EnR) constituent, à côté du développement du nucléaire, une piste essentielle. Jean-Louis Bal et Bernard Chabot, spécialistes des EnR au sein de l’ADEME, nous présentent ici les principales caractéristiques des EnR (solaire, hydraulique, éolien, biomasse, géothermie), la place qu’elles occupent dans le monde, et plus spécifiquement en Europe et en France, ainsi que leurs perspectives de développement à moyen terme.
Distinguant bien l’apport des EnR à la production électrique, à la production de chaleur et dans le domaine des carburants, ils montrent combien ces EnR pourraient alimenter une partie non négligeable de l’offre énergétique, au travers des usages simples qui peuvent en être faits dans le domaine du logement ou des transports, par exemple. Mais cela nécessite, là encore, un certain volontarisme de la part des pouvoirs publics. L’Allemagne et le Japon, par exemple, ont investi dans cette voie avec succès ; la France, pour sa part, tarde à suivre le mouvement.
As is suggested by one of the conclusions of the French Interministerial Mission on the Greenhouse Effect in 2004, the emissions of greenhouse gases cannot be reduced in France without an enormous effort to address energy consumption (energy saving) alongside initiatives to develop renewable forms of energy.
The demand side of the equation (addressing consumption) is discussed in this issue by Véronique Lamblin. On the supply side, in the context of possible shortages in the longer term (probably within a matter of decades) of fossil fuel stocks (mainly hydrocarbons), renewable energy sources are an important option to explore, alongside greater use of nuclear power. Jean-Louis Bal and Bernard Chabot, both specialists in renewables, describe the main features of solar, wave, wind, biomass and geothermal power, their place in the total energy picture, and more specifically in Europe and in France, as well as their prospects for growth in the medium term.
They discuss the contributions of renewables to the production of electricity and heat and as fuel. They then argue that renewables could make up a non-negligible part of energy supplies via quite simple applications in housing and transport, for example. But this, too, would require a certain willingness to intervene on the part of governments. Germany and Japan, for instance, have already invested successfully in this approach, whereas France is lagging behind.
Retour à la Lettre d'information
Prospective, futurologie énergétique et principe de réalité
The Outlook for Energy and the Reality Principle
Benjamin Dessus
La crise énergétique menace : s’ils divergent sur l’horizon auquel elle pourrait survenir, la plupart des scientifiques s’accordent sur le fait qu’une pénurie de ressources fossiles devrait se produire d’ici la fin du siècle. Face à cette menace, certains proposent de faire confiance à la technologie pour espérer voir émerger de nouvelles solutions du côté de la production d’énergie (utilisation de l’hydrogène, fusion nucléaire…) : « des utopies technologiques », selon Benjamin Dessus. D’autres essaient de réfléchir aux évolutions nécessaires en termes de modes de vie et donc de consommation pour que ceux-ci soient en adéquation avec les ressources existant à divers horizons temporels (démarche systémique), montrant ainsi quelles sont les marges de manœuvre.
Benjamin Dessus, militant de longue date en faveur de politiques de maîtrise de la consommation d’énergie, présente les grandes lignes du débat relatif aux perspectives énergétiques et de maîtrise des émissions de CO2. Le pire (l’emballement du changement climatique), nous dit-il, est probable mais pas inéluctable ; il existe une voie de sortie : non pas, d’abord, la mise en place de nouveaux moyens de production supposés moins dangereux pour l’environnement, parfois utopiques, mais la mobilisation collective de tous les citoyens en faveur d’un changement dans leurs habitudes de consommation et pourquoi pas, à plus long terme, en faveur d’une transformation du système de production.
An energy crisis threatens: while scientists disagree about when it will happen, most of them agree that a shortage of fossil fuels is likely to occur before the end of this century. Faced with this threat, some propose to trust in technology to come up with new solutions on the production side (using hydrogen, improving nuclear methods, etc.): “technological utopias”, according to Benjamin Dessus. Others try to think of ways in which lifestyles might be changed – and hence consumption – in order to bring them into line with existing resources within varying time-scales (a systemic approach), and so showing how much room for manœuvre there is.
Benjamin Dessus, who has long argued strongly in favour of policies to check energy consumption, outlines the main points in the debate about energy prospects and ways of limiting CO2 emissions. The worst outcome (rampant climate change), he says, is likely but not unavoidable. There is an alternative: not the development of new production methods that are supposed to be less damaging for the environment, though sometimes utopian, but the mobilization of the whole population in support of a change in patterns of consumption and – why not? – in the longer term, of a transformation of production methods.
Retour à la Lettre d'information
Quelles pistes de recherche pour maîtriser l’effet de serre ?
Where Should We Look for Ways of Coping with the Greenhouse Effect?
Véronique Lamblin
Ainsi qu’on peut le lire dans la plupart des articles de ce numéro spécial, tous les scénarios de stabilisation ou réduction des émissions de gaz à effet de serre dans des limites « acceptables » requièrent une action véritable en matière de maîtrise de la consommation énergétique. Comme le souligne ici Véronique Lamblin, tous les progrès possibles du côté de l’offre d’énergie (notamment en termes de rendement ou de baisse de coût des technologies de production) seront bons à prendre ; néanmoins, cela ne sera probablement jamais suffisant compte tenu des enjeux climatiques auxquels nous sommes confrontés.
Aussi, après avoir montré l’importance cruciale de la maîtrise énergétique, elle présente ici les diverses pistes d’action possible pour réduire la consommation énergétique des pays développés : technologies de production à moindre contenu en carbone, maîtrise de la demande d’électricité et d’énergie-transport, objets intelligents capables de détecter et réduire les pertes d’énergie, gestion des flux énergétiques dans l’habitat, l’industrie et l’automobile, substitution produits / services, etc. Malheureusement, en dépit des multiples possibilités existantes ou à venir, la maîtrise de l’énergie demeure un sujet tabou (notamment parce qu’elle est trop souvent assimilée, à tort, à un frein à la croissance) et ne fait pas l’objet d’investissements à la hauteur des enjeux (en termes de recherche technologique ou socio-organisationnelle, par exemple).
C’est là une lacune majeure de la part des pouvoirs publics et des industriels, en France, en Europe, comme partout dans le monde. Il est évident que sans action volontariste rapide dans cette direction, stabiliser les émissions pour limiter le réchauffement climatique à un niveau « raisonnable » restera un vœu pieux.
As is clear from reading most of the articles in this special issue, all the scenarios for stabilizing or reducing emissions of greenhouse gases to “acceptable” limits require a real effort to tackle the growth of energy consumption. As Véronique Lamblin emphasizes here, all possible means of increasing energy supplies (especially by improving yields or lowering the costs of production technologies) are to be welcomed; nevertheless, this approach alone will probably not be sufficient, given the current concerns about climate change.
Consequently, after highlighting the crucial importance of dealing with the energy problem, she presents here some possible ways of reducing energy consumption in the industrialized countries: production technologies involving a lower carbon content, cutting back demand for electricity and energy for transport, intelligent devices for detecting and reducing waste, management of energy use in housing, industry and vehicles, substitution between products and services, etc. Unfortunately, despite many possibilities that already exist or are in prospect, tackling energy consumption remains a taboo subject, especially because it is too often wrongly understood as holding back economic growth, and it does not attract the amount of effort (in terms of technological or socio-organizational research, for example) needed to match the stakes involved.
This is one of the major failures of both governments and business, in France, in Europe, and throughout the world. It is obvious that if active measures are not taken soon to improve matters, stabilizing the greenhouse gas emissions and thus limiting global warming will remain merely pious hopes.
Retour à la Lettre d'information
|
 |