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Communiqué
de presse du TRP n° 14
Un
Essai de prospective sur les retraites en France à lhorizon
2040
Benjamin
Delannoy, Charles du Granrut,
Hugues de Jouvenel et Alain Parant.
Paris, Collection TRP, octobre 2001.
Les travaux sur lavenir
des retraites, qui tous mettent en avant une inéluctable
dégradation des comptes, procèdent dune démarche
consistant dans le cadre dun système socioéconomique
donné à simuler, à partir dhypothèses
plus ou moins contrastées, les conséquences sur les
retraites du vieillissement démographique. Futuribles
organisme indépendant dont l'objectif général
est de contribuer à une meilleure compréhension du
monde contemporain et, au travers d'une démarche résolument
pluridisciplinaire et prospective, d'explorer quels sont les avenirs
possibles, les politiques et les stratégies qui peuvent être
adoptées conteste lhypothèse qui les
sous-tend, à savoir que le système socioéconomique
pourrait être pérenne à lhorizon 2040,
quil ne connaîtrait dici là aucune transformation
significative. Car il semble très douteux, par exemple, quun
emploi ou une famille présente en 2040 les mêmes caractéristiques
quen 2000. Les auteurs de létude utilisent la
méthode des scénarios, et brossent des cheminements
qui sont autant de futurs possibles de la société
française à lépreuve du problème
du vieillissement. De cet exercice se dégagent des enseignements
majeurs, appelant certaines mesures durgence quil conviendrait
dadopter, des mesures qui ne concernent pas uniquement la
retraite, mais plus généralement la dynamique de la
société française, notamment celle du marché
de lemploi.
Tout le monde reconnaît en France que le système des
retraites va connaître une crise. Mais les points de vue diffèrent
concernant son ampleur, son issue probable et son calendrier, lesquels
sont à considérer en relation avec le problème
du sous-emploi endémique. On peut distinguer deux pronostics
contrastés. Le premier, que lon qualifiera d" optimiste ",
allègue que les problèmes relatifs au sous-emploi
et à la retraite se succèderont dans le temps. Les
tenants de cette opinion, gageant que nous sommes à laube
dune longue période de croissance soutenue (un Kondratiev
ascendant), soutiennent quil faudra bientôt faire face
à une pénurie généralisée de
main duvre se traduisant notamment par un allongement
de la durée dactivité. Les " pessimistes ",
en revanche, jugent douteux le pari de long terme sur le regain
de croissance récent (dailleurs actuellement incertain).
Au reste, remarquent-ils, la croissance économique, serait-elle
exceptionnellement forte, ne saurait instantanément casser
linertie liée à la lenteur dévolution
des comportements sociaux. Une pénurie générale
de main duvre est improbable selon eux, en raison dun
taux global demploi qui ne pourra être significativement
relevé dici 10 ans ; sauf à rompre
brutalement avec la politique de cessations anticipées
dactivité professionnelle. Le déséquilibre
entre le nombre dactifs occupés et celui des inactifs
allocataires continuera donc à se dégrader. Dès
lors, ces " pessimistes " soutiennent que les
problèmes relatifs au chômage et à la retraite
se poseront en même temps.
Pour dépasser cette opposition simpliste, Futuribles, en
se fondant sur quelques grandes dimensions (le contexte extérieur,
la population, le patrimoine, la redistribution, la dynamique sociale
et lemploi) a élaboré six scénarios à
lhorizon 2020, qui se prolongent en cinq scénarios
à lhorizon 2040. Ceux-ci sont des cheminements
nécessairement simplifiés qui permettent de
mettre en lumière les mécanismes causaux, les successions
dinflexions, de choix, y compris implicites, qui peuvent nous
conduire vers telle ou telle voie. Létude entend ainsi
pointer les conséquences que le problème des retraites
peut avoir à moyen et long termes sur lorganisation
même de la société française, selon les
actions engagées (ou non) aujourdhui et dans un futur
proche pour le résoudre. De cet exercice, les auteurs retiennent
sept enseignements majeurs et une série de mesures à
prendre.
Les principaux enseignements :
Le vieillissement démographique
pourrait être plus prononcé et plus brutal quon
ne lanticipe habituellement.
Soit le pouvoir dachat des
retraites ira diminuant, soit le coût des retraites augmentera
très fortement ; leur financement sera dautant
plus problématique que la croissance économique
ne sera pas nécessairement au rendez-vous ; que le plein
emploi de la population dâge actif paraît, à
lhorizon 2020, improbable ; que la pratique très
répandue des cessations anticipées dactivité
professionnelle ne saurait être radicalement inversée
en quelques années ; que le surcoût lié
à certains risques (retraite, santé) ne saurait être
compensé par les économies réalisées
sur dautres risques.
La probable conjonction du sous-emploi
et du vieillissement risque de nous mener à une faillite
du système, et/ou à une exacerbation des tensions
entre catégories sociales ainsi quentre les générations.
Plus de la moitié des actifs
occupés devra, à système socioéconomique
inchangé, être remplacée dans les 20 ans à
venir.
Le risque dépendance va
sajouter au problème de financement des retraites lié
au vieillissement démographique.
Les chocs seront dautant
plus violents que non anticipés. Les éléments
de calendrier sont fondamentaux.
Les auteurs recommandent donc :
Dabonder très rapidement
le fonds de réserve des régimes de retraite par répartition
par le relèvement immédiat de la CSG, de sorte que,
vers 2010, ce fonds, géré de manière dynamique,
et représentant a minima 1000 milliards de francs, sera réellement
en mesure décrêter le besoin de financement.
De passer dun système
de retraite (nous pensons aux régimes de base) fondé
sur le nombre dannuités à un système
par points, plus équitable et transparent.
De reconsidérer le mode
actuel d'indexation des pensions de retraite. Il peut, en effet,
soit pénaliser excessivement les pensionnés en période
de croissance, soit léser fortement les actifs en période
de récession.
Daligner les régimes
spéciaux sur le régime général et en
faire un élément clef de lindispensable négociation
sur le statut excessivement privilégié des fonctionnaires
et assimilés.
Dabolir les statuts et de
les remplacer par la notion plus moderne de fonction.
De supprimer la rémunération
à lancienneté qui, contrairement à une
idée très répandue, pénalise les personnes
âgées plus quelle ne leur profite.
Dadopter des mesures favorables
à la poursuite de lactivité des salariés
vieillissants : élargissement de la formation professionnelle
aux plus de 35 ans, instauration de systèmes de retraite
progressive.
Tout nest donc pas joué. Il est certes bien tard
pour agir. Il semble quen France lincurie des hommes
politiques nait dégal que les rigidités
de la société. Mais les marges de manuvre existent.
Encore faut-il que soient débattues au niveau national les
options qui se présentent à nous. Les élections
présidentielles de 2002 sont lopportunité idéale
dun tel débat, loccasion dune sensibilisation
et dune consultation des citoyens sur un aspect fondamental
de leur avenir proche et lointain. La volonté politique,
dès lors quelle ne procède pas de choix arbitraires
et quelle répond à une véritable préoccupation
du corps social, doit pouvoir imposer des choix conformes, au demeurant,
aux intérêts bien compris de la majorité. Au
contraire, lorsque lÉtat, se réclamant de " la
République ", nest que le garant captif de
privilèges indus, il mène une politique, à
terme, suicidaire.
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