La réforme de l’État est, en France, comme dans tous les pays occidentaux, un thème récurrent de préoccupation, notamment depuis une vingtaine d’années, comme en témoigne la publication de nombreux rapports, y compris le tout récent livre de Roger Fauroux et Bernard Spitz, Notre État (Paris : Robert Laffont, 2001).
Luc Rouban s’attache ici d’abord à préciser le sujet en rappelant que cette expression renvoie à toute une série de questions aussi différentes que la qualité des services publics, la capacité de pilotage de l’action publique et la raison d’être même de l’État. À cet effet, il distingue – y compris en s’appuyant sur les politiques de réforme menées dans d’autres pays européens – trois niveaux différents : celui des questions organisationnelles, celui des ordres institutionnels et celui de la transformation de l’action publique elle-même, voire de ce qui fonde sa légitimité.
L’auteur montre ensuite que, s’il est possible d’agir à ces trois niveaux, sans pour autant qu’il existe de causalité linéaire simple, des problèmes fondamentaux se posent aux réformateurs français : par exemple, le fait que la notion de service public – distincte de celle de l’État – occupe une place centrale dans la culture politique française, que l’appartenance à la fonction publique demeure un critère de distinction, ou encore le problème du pouvoir unitaire de l’État républicain…
À l’issue de 20 années de réformes, ou projets de réforme, Luc Rouban montre que « des pans entiers de l’administration publique ont été transformés » mais qu’il se dégage aussi un certain nombre de leçons : les méthodes managériales ne suffisent pas pour réformer en profondeur ; l’appropriation du changement est plus importante que le changement lui-même…
Finalement, l’auteur esquisse quelques scénarios pour l’avenir : au scénario britannique du « managérialisme » conquérant, qu’il estime improbable, il préfère celui de la « gouvernance pluraliste » dont il montre les variantes possibles.
Quelle réforme pour l'État en France ?
Cet article fait partie de la revue Futuribles n° 263, avril 2001


