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Note de veille, 24 août 2012
Premier bilan de l’étiquetage environnemental des produits
Le Grenelle de l’Environnement prévoit la mise en place d’un système d’information sur l’impact environnemental des produits de consommation courante. Ce système est actuellement expérimenté auprès d’une centaine d’entreprises, et la première évaluation se révèle encourageante : les informations diffusées seraient claires et diversifiées. Mais rien n’indique qu’elles permettraient réellement de modifier les comportements d’achat.
Selon une étude du CGDD (Commissariat général au développement durable) et de l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), le panier de consommation courante des Français (alimentation, droguerie-parfumerie-hygiène) représentait, en 2009, 1,4 tonne équivalent CO2. Mais le bilan carbone varie fortement selon le type de produits considérés. Ainsi, la viande ne constitue que 8 % du poids moyen d’un panier d’achat et 23 % de son coût, mais un tiers de son contenu carbone. Pour une même catégorie de produit, l’impact environnemental varie aussi selon le degré de préparation, le conditionnement, etc.
Afin d’informer les consommateurs sur l’impact environnemental précis des produits de grande consommation, la loi Grenelle 2 du 12 juillet 2010 prévoit la mise en place d’un affichage prenant en compte les différentes étapes du « cycle de vie » des produits et utilisant plusieurs indicateurs (comme l’empreinte carbone).
Dans ce cadre, depuis le 1er juillet 2011, 160 entreprises commercialisant plus de 1 000 produits dans les secteurs de l’alimentation, l’habillement et la cosmétique participent à une expérimentation nationale sur l’information environnementale des produits.
Une première enquête a été menée pour le CGDD auprès d’un panel de 29 entreprises participant à cette expérimentation et commercialisant 326 produits agro-alimentaires. Toutes ces entreprises ont proposé des informations sur le cycle de vie de leurs produits en appliquant la méthode d’analyse du cycle de vie, une méthodologie générale élaborée par l’AFNOR (Agence française de normalisation), l’ADEME et 350 parties prenantes (fédérations professionnelles, organisations non gouvernementales, ministères…).
Elle révèle notamment que les entreprises ont facilement recueilli des informations sur la plupart des produits tout au long de la chaîne de production et de distribution, ces informations étant déjà obligatoires dans de nombreux secteurs.
Par contre, les indicateurs disponibles pour mesurer l’impact environnemental des produits se révèlent insuffisants : si la question du changement climatique fait l’objet de nombreux indicateurs, les impacts sur la biodiversité sont beaucoup plus délaissés, ou traités par des indicateurs peu adaptés à une diffusion auprès du grand public.
Dans le cadre de l’expérimentation, les entreprises ont utilisé en moyenne trois indicateurs par produits, les plus fréquents étant les émissions de gaz à effet de serre (en grammes ou kilos d’équivalent CO2), la consommation d’eau (en litres) et l’impact sur la biodiversité, exprimé par exemple en m2 de surface cultivée, ou de biodiversité fragilisée/protégée, etc.
La majorité des entreprises (25) ont choisi d’utiliser Internet pour informer sur l’impact environnemental de leurs produits, moins de la moitié ont affiché l’information directement sur le produit. La diffusion sur Internet se révèle en effet beaucoup moins coûteuse et contraignante que celle sur les produits, qui suppose de modifier l’emballage et de condenser l’information sur un espace limité. L’affichage sur le produit est pourtant considéré comme le plus efficace par les entreprises, qui pourraient donc le privilégier sur le long terme, après la phase d’expérimentation. Un quart des entreprises ont également mis au point des applications pour smartphones, qui permettent aussi aux consommateurs d’accéder aux informations sur les produits en magasin.
La plupart des entreprises étudiées ont fait un effort particulier pour faciliter la compréhension des indicateurs utilisés : affichage d’échelles graduées ou de systèmes de notation, répartition des impacts par étapes du cycle de vie, comparaison avec des ordres de grandeur équivalents…
Pour les entreprises participantes, l’objectif de l’expérimentation était de contribuer à la mise en place des indicateurs environnementaux pour éviter de les subir, et s’assurer qu’ils contribuent à valoriser leurs produits. La demande d’information environnementale des consommateurs est perçue comme une tendance lourde à laquelle les fabricants doivent donc répondre le mieux possible pour améliorer leur image. Connaître précisément l’impact environnemental de leurs produits leur permet de déterminer les marges de manœuvre dont ils disposent aux différentes étapes du cycle de vie.
L’affichage environnemental est particulièrement valorisé par les PME, qui considèrent qu’il peut les aider à mieux différencier leurs produits et à améliorer leur compétitivité. Il leur permettrait notamment de mettre en avant des productions nationales ou locales, de plus en plus recherchées par les consommateurs.
Le bilan de l’expérimentation sera transmis au Parlement à la fin de l’année 2012, qui devra valider ou non la généralisation de l’affichage environnemental, en fonction des conclusions des entreprises, d’avis d’experts et d’opinions recueillies auprès de panels de consommateurs.
Mais, si le système se généralise en l’état, quel crédit les consommateurs accorderont-ils aux informations fournies par les entreprises elles-mêmes ? Il est en effet étonnant que le bilan carbone ne soit pas réalisé ou contrôlé par un organisme indépendant, ce qui le rendrait plus crédible et permettrait, par exemple, d’envisager une taxation des produits dont le bilan environnemental est le plus lourd.
Par ailleurs, quels consommateurs seront susceptibles de modifier leurs achats en fonction de ces informations environnementales ? Selon l’ADEME, le contenu carbone par kilo d’achat des ménages ouvriers est supérieur de 8 % à la moyenne, alors que les dépenses par kilo de produits sont inférieures de 10 % à la moyenne. La situation inverse s’observe pour les ménages les plus aisés, qui ont tendance à privilégier les produits les plus chers, qui sont aussi souvent ceux dont le bilan environnemental est le plus faible. Au contraire, le critère du prix est privilégié par les ménages modestes, et il est peu probable qu’une meilleure information concernant le bilan carbone des produits soit déterminante dans leurs choix d’achats.
Sources : « Expérimentation de l’affichage environnemental sur les produits agro-alimentaires : premier retour d’expériences », Le point sur, n° 125, mai 2012, CGDD. URL : http://www.developpement-durable.gouv.fr/Experimentation-de-l-affichage,27674.html ; « Le contenu carbone du panier de consommation courante », Le point sur, n° 121, avril 2012, CGDD. URL : http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/publications/p/1939/1329/contenu-carbone-panier-consommation-courante.html
Mots clefs : Consommation | France | Développement durable | Information



