Note de veille, 7 septembre 2012

Le marché de l’occasion en France

Depuis plusieurs années déjà, le marché de l’occasion connaît un succès croissant en France. Ainsi, en 2011, selon le Baromètre du commerce entre particuliers d’OpinionWay, 76 % des Français ont déjà eu recours à l’achat / vente d’occasion entre particuliers [1].

En juillet dernier, le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc) a publié une étude approfondie sur ce secteur [2]. Les auteurs considèrent que ce marché s’est développé depuis le début de la crise économique, qui incite les Français à réduire leurs dépenses et / ou à adopter des comportements de consommation plus durable. De plus en plus d’objets connaissent ainsi une seconde vie, parce qu’ils sont utilisés simultanément par plusieurs personnes, ou successivement utilisés et / ou possédés par plusieurs personnes, pour des usages différents, etc.

En 2011, 30 % des Français déclarent avoir déjà acheté un produit neuf en envisageant de le revendre d’occasion, contre 12 % en 2009. Ils sont 33 % à avoir déjà acheté un produit d’occasion sur Internet et 34 % à en avoir déjà vendu un, soit respectivement 6 et 18 points de plus qu’en 2007. Les Français figurent parmi les plus gros consommateurs de produits d’occasion en Europe. En 2010, 58 % d’entre eux se disent même prêts à en offrir, contre 46 % des Européens.

Trois objets emblématiques sont analysés par le Crédoc, car ils symbolisent trois types de pratique différents : la voiture, le téléphone portable et le vêtement pour adulte.

La voiture constitue, en France, l’un des biens pour lesquels le marché d’occasion est le plus développé, et ce depuis des décennies. Ainsi, 52 % des propriétaires d’une voiture ne l’ont pas achetée neuve (occasion, don…) et, dans 80 % des cas, la voiture finira par être cédée par son propriétaire : revente, don, concessionnaire…

Objet plus récent et au renouvellement plus fréquent, le téléphone portable bénéficie beaucoup plus rarement d’une seconde vie : seuls 4 % des propriétaires l’ont acheté d’occasion, et seuls 6 % des téléphones sont revendus, 37 % étant « stockés ». Les téléphones peuvent en effet être réutilisés en dépannage, ils contiennent souvent des données que leurs propriétaires veulent conserver et ils sont faciles à stocker.

Pour les vêtements d’adultes, l’achat d’occasion reste pour l’instant une pratique marginale (2 %), au même titre que la revente (2 %). En revanche, dans 60 % des cas, les vêtements usagés sont donnés à des proches ou à une association. Globalement, les vêtements bénéficient donc souvent d’une deuxième vie, car ils sont faciles à céder, notamment au travers des associations. Les achats de vêtements d’occasion seraient en hausse depuis quelques années, notamment dans les vide-greniers et sur Internet ; ils concerneraient surtout les femmes et / ou les personnes sensibles aux questions écologiques, même s’il existe pour l’instant peu de données sur le sujet.

D’autres objets sont présents sur le marché de l’occasion : un quart des vélos, 15 % des livres, 14 % des vêtements d’enfants et des objets de décoration achetés sont de seconde main. L’emprunt concerne 25 % des livres, 22 % des vélos, 19 % des DVD et 14 % du matériel de bricolage. La location est globalement moins répandue : au cours des six derniers mois, seules 9 % des personnes y ont eu recours pour un DVD, 6 % pour un vélo et 4 % pour du matériel de bricolage ou de jardinage.

Le don apparaît comme une pratique importante pour tous ces biens, puisqu’il concerne 45 % des délaissements, et notamment 90 % des vêtements d’enfants, 75 % des livres et 63 % des DVD. La revente reste minoritaire, sauf pour les vélos, les DVD et les objets de décoration, de même que le troc. En revanche, 37 % des personnes interrogées déclarent avoir déjà jeté un ordinateur, et 42 % du matériel de bricolage ou de jardinage.

Si l’étude du Crédoc n’épuise pas la question du marché de l’occasion, elle confirme en tout cas que de plus en plus de Français cherchent à consommer autrement, même si les pratiques et les motivations varient fortement selon les produits et les individus. Le recours à l’occasion serait ainsi plus fréquent chez les personnes aux revenus faibles, les jeunes, les urbains (logements plus petits) et les personnes sensibilisées à la cause écologique. À l’inverse, ces pratiques sont exceptionnelles chez les personnes sensibles à la nouveauté (par exemple pour les vêtements) et pour les produits bénéficiant d’un attachement émotionnel fort.

Un effet de génération pourrait aussi s’observer, même si des recherches complémentaires seront nécessaires pour le confirmer. Ainsi, les jeunes seraient plus susceptibles que leurs aînés au même âge d’acheter un certain nombre de produits d’occasion : les automobiles, les vêtements pour enfants, les articles de bricolage, etc. Le marché de l’occasion pourrait donc poursuivre son développement au cours des prochaines années, et bouleverser les circuits traditionnels de consommation.



[1]. Sixième édition du Baromètre du CtoC PriceMinister-La Poste, réalisé par OpinionWay, 12 octobre 2011. URL : http://www.priceminister.com/blog/6eme-edition-du-barometre-du-ctoc-priceminister-la-poste-realise-par-opinionway-1661. Consulté le 3 septembre 2012.

[2]. Van de Walle Isabelle, Hébel Pascale, Siounandan Nicolas, Les Secondes Vies des objets : les pratiques d’acquisition et de délaissement des produits de consommation, Paris : Crédoc (Cahier de recherche n° 290), janvier 2012, 87 p.

Envoyer par email | Fermer cette fenêtre

Formation

Agenda

tout l'agenda >


Bibliographie

Base bibliographique

Plus de 6000 références et analyses de travaux de prospectives

toute la base >


Conseil

Vous cherchez un accompagnement pour vos démarches de prospective et de stratégie

contactez-nous >