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Note de veille, 27 août 2012
La finance islamique malaisienne en pleine expansion
Depuis les années 2000, la Malaisie axe son développement sur la promotion de l’économie de la connaissance et de l’innovation : en 2008, elle a annoncé la création d’un vaccin halal 1. Elle est également pionnière dans plusieurs secteurs phares comme le transport aérien low cost : elle a créé la première compagnie de vol à bas coûts d’Asie du Sud-Est (Air Asia) 2. Elle a aussi été le premier pays de la région à développer l’industrie financière et bancaire islamique (1963). D’abord de taille réduite, ce secteur a connu une expansion rapide dans les années 2000 : il se classe aujourd’hui troisième au niveau mondial, derrière l’Iran et l’Arabie Saoudite.
Par ailleurs, la Malaisie est le plus grand émetteur mondial de sukuk : il s’agit du produit de base de la finance islamique, ce sont des titres financiers dont la rémunération et le capital sont indexés sur la performance d’un ou plusieurs actifs détenus par l’émetteur 3.
Le marché financier malaisien est l’un des plus importants d’Asie du Sud-Est (le troisième après la Chine et la Corée) : c’est un marché dual où la finance islamique cohabite avec la finance traditionnelle. Les deux systèmes offrent des produits financiers et des services similaires, et sont présents dans tous les segments de la finance (banques, assurances, gestion de fonds, marché des capitaux) et, selon le FMI (Fonds monétaire International), la rentabilité des actifs financiers islamiques est quasiment identique à celle des actifs traditionnels.
Actuellement, il existe 17 banques islamiques en Malaisie, contre 24 banques commerciales : les banques islamiques possèdent plus de 20 % des parts de marché du secteur (contre 12 % en 2006).

Comment expliquer le développement de la finance islamique en Malaisie ?
Alors que les produits proposés sont quasiment identiques à ceux des banques traditionnelles, la part de marché des banques islamiques a crû de huit points entre 2006 et 2011.
Cette augmentation rapide est, en majeure partie, due à la volonté du gouvernement de promouvoir la Malaisie comme hub de la finance islamique internationale. Ainsi, le secteur des banques islamiques a été libéralisé : désormais, les banques internationales peuvent participer au capital des institutions financières islamiques à hauteur de 70 % (pour les banques traditionnelles, ce plafond ne s’élève qu’à 30 %). Par ailleurs, des incitations fiscales ont été mises en place pour stimuler le marché financier islamique : par exemple, les banques et les compagnies d’assurance islamiques dont les revenus proviennent d’une activité menée en devises étrangères sont exemptées d’impôts pendant 10 ans. Ce type de mesures encourage donc la participation étrangère.
Grâce à ces mesures fiscales, la finance islamique attire des acteurs non musulmans, qui constituent d’ailleurs plus de la moitié des clients des banques islamiques 4.
La finance islamique permet un accès aux activités financières à des populations qui n’y avaient jusqu’alors pas accès, soit par convictions (religieuses) soit parce qu’elles étaient trop pauvres. En effet, les banques islamiques ont largement développé le microcrédit, et environ 40 % des crédits à la consommation sont accordées par les banques islamiques (contre moins de 20 % pour les banques commerciales).
Enfin, les secteurs publics et privés ont également joué un rôle important dans le développement de la finance islamique en Malaisie : en 2006, 27 % des obligations émises par le gouvernement et 31 % des actifs émis par les entreprises étaient des sukuk et, en 2011, plus de 40 % des émissions d’actifs (publics et privés) sont désormais compatibles avec la loi coranique.
Selon le FMI, le système financier islamique malaisien pourrait petit à petit s’affranchir de la tutelle gouvernementale pour évoluer vers un système qui se rapproche de plus en plus de la finance traditionnelle.
La Malaisie pourrait également accroître son développement au-delà des frontières mais, pour cela, les interprétations de la finance islamique au regard de la loi coranique devront être harmonisées.
Concernant la population non musulmane mondiale, la Malaisie pourrait attirer de nouveaux investisseurs à la condition qu’elle respecte les normes prudentielles internationales (Bâle) : la finance islamique pourrait d’autant plus séduire qu’elle a vu ses résultats s’améliorer avec la crise (la croissance des actifs islamiques a été deux fois plus élevée que la croissance des actifs traditionnels pendant la crise ) et les critères, imposés par la loi coranique, pourraient correspondre à l’image d’une finance plus rationnelle.
Source : Krasicka Olga, Nowak Sylwia, « What’s in It for Me? A Primer on Differences between Islamic and Conventional Finance in Malaysia », IMF Working Paper, FMI, juin 2012, URL : http://www.imf.org/external/pubs/ft/wp/2012/wp12151.pdf
1. Voir Vinh Yann, « La Malaisie annonce la création d’un nouveau vaccin halal », note de veille, 6 février 2008, Futuribles International.
2. Voir Vinh Yann, « Science et Innovation dans le monde islamique : la Malaisie », note de veille, 11 juillet 2011, Futuribles International.
3. Voir Roclore Maxime, « Enjeux du développement de la finance islamique en France », note de veille, 10 décembre 2010, Futuribles International.
PWC (PriceWaterhouseCoopers), Malaysia, Asia’s Islamic Finance Hub, Londres : PWC, 2008. URL : http://www.pwc.com/en_my/my/assets/publications/islamic-finance-hub.pdf
4. Maher Hasan, Dridi Jemma, « The Effects oh the Global Crisis on Islamic and Conventional Banks: A Comparative Study », IMF Working Paper, FMI, septembre2010. URL : http://www.imf.org/external/pubs/ft/wp/2010/wp10201.pdf
Mots clefs : Asie | Marché financier



